Sur un sujet prégnant, encore et toujours d’actualité, la toxicité masculine, le réalisateur a une approche originale concernant les féminicides (
ici particulièrement odieux avec aspersion d’acide avant mise à mort des femmes
), car vus, non pas à travers des flics [comme dans « La nuit du 12 » (2022) de Dominik Moll, fade comme un téléfilm et pourtant récompensé de 6 Césars] mais à travers un journaliste, Samuel (Sami Bouajila, 59 ans), qui plus est, appartenant à une catégorie méprisée, car traitant des faits divers et travaillant pour l’hebdomadaire « Détective » (fondé en 1928, auquel des plumes prestigieuses ont collaboré, et renommé « Le nouveau détective » depuis 1982). On est loin du prestigieux « Washington Post » dont les journalistes, Bob Woodward et Carl Bernstein, révélèrent le scandale du Watergate, ayant abouti à la démission du président Richard Nixon en 1974, affaire relatée au cinéma dans « Les hommes du président » (1976) d’Alan Pakula avec Robert Redford et Dustin Hoffman. Ou, plus prés de nous, avec les enquêtes, certes, politiques, des quotidiens Libération ou Mediapart. Plus que le contenu de « Détective », ce sont les accroches publicitaires sensationnalistes et le mode de travail de ce type de publication qui sont souvent critiqués : le réalisateur ne le cache pas, en montrant, au début, les pratiques d’investigation de Sami et de son collègue Christian (Jean-Pierre Darroussin, 72 ans) à la limite de la légalité (violation de domicile, intervention sur les scènes de crime) et en parallèle de la police, en jouant de « chantage » affectif auprès des parents de victimes pour obtenir des photos ou des enregistrements. Le film n’a pas à rougir de la comparaison avec des films américains grâce avec son ambiance poisseuse bien rendue, renforcée par la musique angoissante d'Amine Bouhafa (39 ans) : il montre l’équivalent des rednecks dans les Hauts-de-France, à l’idéologie « incel » (pour involuntary celibate, soit célibataire involontaire) et communiquant par cibi ou citizen-band (ondes radio autrefois largement utilisées par les chauffeurs routiers). Ce sont eux qui sont qualifiés par le titre du film (même si certains journalistes du fait divers peuvent l’être aussi).