Tout le monde connaît les revues qui s’attardent sur les faits divers glauques à grand renfort de titres racoleurs et qu’on peut trouver dans les kiosques. Leur réputation n’a jamais été très bonne, entre manque de respect aux familles des victimes et notion de vérité toute relative. « Rapaces » choisit de prendre ces enquêteurs à la fois journalistes (ou est-ce l’inverse?) comme protagonistes principaux. Un choix risqué tant ces personnes ne sont pas en odeur de sainteté et sont aussi mal vues que des paparazzis, si ce n’est pire. En revanche, on ne peut nier que c’est univers méconnu, voire inconnu, plutôt intrigant. Un excellent film américain, « Night Call » avec Jake Gyllenhaal, avait pris un protagoniste principal du genre entre le paparazzi, le journaliste et le photographe, qui arrivait en premier sur les lieux d’accidents et crimes sordides pour s’en délecter via ses articles ou photos. Mais comme le film faisait le choix de presque aller dans l’horreur, le côté malsain du personnage collait donc à la direction choisie. Ici, ce sont censés être les héros et au début du film, l’identification avec eux n’est pas gagnée.
En effet, les premières séquences du long-métrage présentant les personnages nous confortent dans le fait qu’ils sont sans scrupule, ni morale ou décence. On a donc peur de devoir se coltiner des héros détestables durant une heure et demie. De plus, la trame narrative des vingt premières minutes de « Rapaces » est un peu poussive et brouillonne. Puis, petit à petit, quand le long-métrage de Peter Dourountzis creuse leur métier, leur quotidien et leurs personnalités, on comprend mieux leurs motivations et on a un peu plus d’empathie les concernant. Il ne cherche pas à réhabiliter ce métier singulier, il apporte des nuances à la vision que le public peut en avoir. L’intrigue de polar déroulée par le film devient ensuite de plus en plus captivante. Et on comprend que le titre du film parle tout aussi bien de cette profession que des hommes qui rôdent comme des prédateurs sur la femme, parfois en groupe, en meute. Et parfois jusqu’à des horreurs. Les discours et tendances masculinistes sont ici illustrés et pointés du doigt avec beaucoup de force. Dans le cadre d’un suspense comme celui-là, on comprend comment de telles théories qui ont le vent en poupe en ce moment peuvent conduire à des atrocités. Le fond du film est donc pertinent et ô combien nécessaire.
La tension diffuse et le malaise produits par « Rapaces » vont aller crescendo et le cinéaste va ensuite nous asséner une leçon de mise en scène et de séquences anxiogènes. Oui car le dernier acte qui prend place dans la campagne du Nord de la France est magistral de maîtrise. La mise en scène est racée et tout culmine lors de la séquence plus que stressante pour nos nerfs du restaurant routier en plein milieu de nulle part. On est scotché à notre siège durant vingt minutes non-stop. Le duo, à priori peu crédible au départ pour plusieurs raisons, formé par Sami Bouajila et Mallory Wanecque se révèle finalement tout à fait en osmose et pertinent. Si les débuts du film ne partent donc pas sous les meilleurs auspices, il finit par nous convaincre aussi bien sur le versant du polar que ce qu’il raconte en creux. Une bonne surprise.
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