So happy together.
Pour resituer le réalisateur Jay Roach, il faut de souvenir des films consacrés au personnage plus que fantaisiste d’Austin Powers, - mais c’était au siècle dernier, puis de ses réussites dans le film politique avec Dalton Trumbo, All the way ou Scandale. Avec ces 105 minutes, il marque un retour vers la comédie déjantée pour ce remake du célèbre film éponyme de 1989. Ivy et Theo forment un couple parfait à qui tout réussit : des carrières couronnées de succès, un mariage épanoui, des enfants formidables... Mais sous les apparences de cette vie idéale, une tempête se prépare… Alors que la carrière de Theo s’écroule et que celle d’Ivy décolle, leurs ressentiments et leur rivalité jusque-là étouffés vont bientôt exploser. La question qu’on se pose toujours face à ce type de film : ce remake était-il utile ? Non quant à l’intérêt du scénario, oui pour la performance des deux acteurs qui sont la seule et véritable raison de voir ce grand numéro de théâtre filmé.
Coproduction américano-britannique, elle mélange le goût du flegme et du dialogue acide au luxe et au clinquant de l’autre. Jay Roach a eu la bonne idée de décaler le propos du film à l'air du temps, en élargissant les fameuses dissensions virant à la haine pour le déporter légèrement vers le problème de la conciliation des carrières et de la redistribution des tâches. Il s'agit ainsi de rivalité et de jalousie, d'indépendance et de sacrifice. Il s'agit tout simplement d'exister professionnellement et de satisfaire sa part de narcissisme. Le couple rivalise de bons mots, de vannes acides et de ressentiment dans un affrontement plein de rancœur… et d’humour. Par contre, ce qu’il faut d’amour perdure entre les deux personnages, ce qui tend évidemment le film plus sage et plus lisse – diront certains – que son célèbre prédécesseur. Alors, si l’affrontement semble patiner et se répéter au film des minutes, on saluera le finish original, bien qu’un peu abrupt, tout en humour noir.
On savait d’emblée qu’avec son couple vedette Olivia Colman / Benedict Cumberbatch, on perdait au passage toute idée de sex appeal généré dans le film original. Par contre on y gagne ce sens du rythme propre aux véritables acteurs de théâtre. Car, disons-le, les Andy Samberg, Allison Janney, Kate McKinnon et quelques autres ne sont que des faire-valoir. Pour le reste, le montage est virtuose, lés décors somptueux, les dialogues au vitriol, les situations outrées à souhait, mais je le répète, ce beau morceau de théâtre filmé ne surprend pas car il arrive 36 ans après Danny de Vito et sa 1ère version plus noire et qui se suffisait sans doute à elle-même. Un remake so british qui ne vaut que par la prestation ébouriffante de son couple vedette.