Remake d’une comédie (très) noire des années 80 avec Michael Douglas et Kathleen Turner, « La Guerre des Rose » version 2025 de Jay Roach avait pour mission d’ancrer dans la réalité d’aujourd’hui (sociologique, technologique…) la version antérieure tout an gardant le cynisme jubilatoire qui avait fait le sel de l’intrigue. Pour faire cela, Jay Roach s’offre déjà un couple d’acteur hors du commun : Olivia Colman et Benedict Cumberbach. C’est vraiment ce duo de comédiens épatants sur lequel il faut s’appuyer. Colman est très bien quoique parfois à la limite de l’excès dans le rôle de cette femme au foyer qui s’accomplit enfin. Mal coiffée et très mal habillée de la première scène à la toute dernière, elle donne beaucoup d’elle-même mais j’ai trouvé que parfois, elle est un peu à la limite d’en faire trop. C’est un défaut que n’a pas Cumberbach, dans un rôle c’est vrai peut-être plus facile Lui, finalement, à le beau rôle dans cette histoire, celle du type déchu qui essaie de se reconstruire autrement que par son ambition personnelle
et qui fait sortir de terre une maison d’architecte sublime (payée par madame) qui deviendra l’objet de leur convoitise au moment de leur séparation.
S’il s’en sort un tout petit peu mieux que Colman, c’est d’abord parce que son rôle est immédiatement plus sympathique, je pense. Les seconds rôles, tenus par exemple par Andy Samberg, Allison Janney ou encore Kate McKinnon, aurait mérité un peu plus d’écriture. Quand on a Allison Janney à son casting, on lui écrit un peu plus qu’un scène de plus de 5 minutes, sur 1h45, c’est vraiment pas beaucoup ! Ces seconds rôles auraient pu être plus écrits mais surtout mieux écrits : le type frustré, la nymphomane, l’avocate pitbull, le serveur gay (une telle caricature, c’est encore possible ?), que des stéréotypes brossés sans nuance, c’est un peu gâcher le talent des comédiens. Dans la forme le film commence bien, par un beau générique à base de dessins et de pliage, ingénieux et élégant,
et il se termine par une scène de folie furieuse assez jubilatoire
. Mais entre les deux, c’est long, ce n’est pas toujours très bien dialogué (mais je n’ai vu en VF, c’est peut être aussi à cause de cela), c’est parfois drôle mais aussi parfois presque gênant, et quelque fois inutilement vulgaire. Même si on ne s’ennuie pas réellement, on se sent un peu extérieur à l’histoire d’amour, puis de désamour qui noue les deux personnages. Alors bien sur, la question de la réussite féminine qui se heurte, malgré ses efforts, aux sentiments d’un homme qui se veut « déconstruit », cela mérite qu’on s’y attarde. Les sentiments ambivalents qui se bouscule chez Théo, on peut disserter dessus et c’est pertinent, évidemment. Mais c’est un peu faible pour remplir un scénario entier. Et puis la « Guerre » en elle-même, la guerre ouverte pour la maison où tous les coups bas sont permis, ce qui a fait du film des années 80 un film ultra cynique et très drôle,
cette guerre là met un temps infini à arriver. Elle n’occupe que les 10 dernières minutes du film et ne termine pas avec autant de « cruauté » qu’on aurait pu l’espérer.
« La Guerre des Rose » version 2025 est donc une petite déception, un peu survendue par une bande annonce tapageuse comme c’est souvent le cas avec les comédies. C’est bien moins drôle et acide que je l’avais espéré. Sans que cela soit un ratage complet, notamment grâce à son casting (même sous employé), le film de Jay Roach aurait mérité plus d’aspérités, plus d’acide sulfurique, en un mot : plus de noirceur.