Étrange, voire expérimental, Une langue universelle est décrit par son réalisateur, le Canadien Matthew Rankin comme une "hallucination autobiographique" ou encore, comme une comédie de "désorientation." On y parle d'ailleurs plus volontiers farsi que français ou anglais, alors que les trois histoires, qui se connectent plus ou moins dans le scénario, se situent à Winnipeg qui prend soudain des allures de Téhéran. Il se passe des choses surprenantes et absurdes dans ce film qui abonde en références qu'il est le plus souvent ardu de déceler, de ce côté-ci de l'Atlantique. Des dindes y jouent, entre autres, un rôle non négligeable, l'une d'entre elles voyageant d'ailleurs en autocar, ce qui n'a rien de bizarre, n'est-ce pas, puisqu'elle a payé sa place. Dans ce genre de long-métrage, il s'agit moins de comprendre les intentions de l'auteur que de sa laisser aller à sa fantaisie. C'est ce que l'on éprouve aussi devant certaines œuvres de Roy Andersson ou de Alex van Warmerdam, par exemple, mais dans Une langue universelle le systématisme dans la recherche surréaliste a plutôt tendance à créer une distance qui ne donne guère envie de se passionner pour ses extravagantes péripéties.
Une comédie québécoise dans un monde parallèle qui fait fortement penser dans son style, son rythme et sa mise en scène a du Wes Anderson. Malheureusement les promesses de l’ouverture ne tiennent pas la longueur
Matthew, la quarantaine, quitte Montréal pour revenir à Winnipeg sa ville natale après la mort de son père pour s’occuper de sa mère vieillissante. Il y découvre une ville métamorphosée où l’anglais a été remplacé par le farsi. Son chemin croise celui de Massoud, un guide touristique, et de deux jeunes sœurs qui ont découvert un billet prisonnier d’un bloc de glace.
Jetez un oeil à la bande annonce de ce film hors normes, qui représentera le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars (où il aura fort à faire face à "Emilia Perez", "Flow" ou "Les Graines du figuier sauvage"). C’est un croisement étrange entre Jacques Tati, Wes Anderson, Roy Andersson, Abbas Kiarostami et Guy Maddin – l’autre cinéaste de Winnipeg et figure tutélaire du cinéma canadien.
Matthew Rankin filme une ville sans charme sous la neige, pour laquelle néanmoins il a la tendresse qu’on porte à sa ville natale. Sa caméra est statique et son film organisé en longs plans immobiles, dépourvus de lignes d’horizon, enfermant ses personnages dans des cadres dont ils semblent condamnés à ne pas sortir. Le tout baigne dans une ambiance loufoque sinon absurde dont on ne sait que penser : le farsi est devenu la langue véhiculaire de Winnipeg sans qu’on sache pourquoi, les dindes y sont l’animal domestique le plus familier, en lieu et place des chats et des chiens.
Le résultat est déconcertant. On pourra s’y laisser prendre, à condition d’aimer être surpris et de lâcher prise. On pourra tout au contraire n’y pas adhérer et considérer, comme l’écrit excellement Clarisse Fabre dans "Le Monde", que ce film fait trop d’effort à « décréter le bizarre » pour être totalement convaincant.
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2,5
Publiée le 22 avril 2025
Matthew quitte le Québec pour Winnipeg qui est ici très imprégnée de la culture iranienne. Une ville universelle où tout se mélange et pas seulement les langues. C'est le maître-mot de ce film qui s'inspire de diverses influences comme de la Nouvelle Vague française et iranienne ou encore de Wes Anderson pour les décors et l'écriture des personnages. Matthew Rankin, qui incarne également l'un des personnages, garde quand même sa personnalité dans ce récit construit comme un puzzle avec des éléments qui se mettent progressivement en place. C'est probablement l'aspect le plus satisfaisant alors que les personnages s'entrecroisent et se superposent, mais l'histoire ouverte n'est pas assez forte à mon goût. "Une langue universelle" est excentrique, bizarre, surréaliste et sympathique, mais le style ne fait jamais oublier un récit jamais pleinement engageant.
Quel travail sur l'image, les couleurs, la matière, les plans caméras proposent tant de formes géométriques, tels des tableaux réalistes et contemporains. Le ton est totalement loufoque, avec de nombreuses surprises humoristiques qui se dévoilent, souvent visuelles. dans une région où la dinde est essentielle, ce récit monotone décontenance forcément par son côté absurde et le manque de développement des personnages. Une curiosité.
"Une langue universelle" de Matthew Rankin est une œuvre cinématographique captivante qui se distingue par une esthétique magnifiquement maîtrisée, largement inspirée du style distinctif de Wes Anderson. Le film séduit par son originalité et son humour qui ne recule devant rien pour exploiter l'absurde des situations, garantissant des moments de rire authentiques.
L'univers visuel créé par Rankin est à la fois riche et fantaisiste, offrant une version fantasmatique du Canada où l'anglais est remplacé par le farsi. Cette décision audacieuse renforce le message profond et touchant du film sur la quête d'identité culturelle et personnelle, bien que l'illustration puisse paraître parfois un peu caricaturale.
Cependant, le film n'est pas sans défauts. Il souffre d'un léger manque de rythme, ce qui est accentué par la torpeur ambiante qui plane dans les paysages enneigés de Winnipeg. Malgré cela, ce rythme lent peut aussi être vu comme un choix stylistique qui permet au spectateur de vraiment s'imprégner de l'ambiance unique du film.
En somme, "Une langue universelle" est une exploration cinématographique audacieuse et hilarante, dotée d'un message puissant sur l'identité et la communication. C'est un film qui ose sortir des sentiers battus, offrant au public une perspective fraîche et imaginative, à la fois divertissante et réfléchie.
Absurde, surréaliste, déjanté, tendre. Quel beau mélange de sensations en sortant. L histoire où les personnages ont tous un lien les uns avec les autres se suit avec plaisir.
C'est le film le plus barré de l'année 2024. Quentin Dupieux serait presque jaloux de ces dindons qui volent des lunettes et prennent le bus pour Winnipeg où tous les habitants parlent le farsi (ce qui est toujours dangereux pour une dinde). L'histoire est très simple mais on l'oublerait presque tellement on a envie de se laisser embarquer dans la folie poétique de Matthew Rankin. Certaines séquences sont très drôles. Mention spéciale pour ce dialogue filmé (de façon très classique) en champ / contre-champ... mais en plan large ! Effet ridicule garanti. Recommandé aux cinéphiles qui aiment être surpris.
L’histoire absurde de Matthew, un homme décidé à quitter Montréal et qui au gré des rencontres raconte un monde en mouvement, en questionnement. C’est drôle, délicat, profond.
L’intérêt pour ce film canadien qui démarre plutôt bien avec des situations très drôles tombe hélas rapidement ensuite. On a beaucoup de mal à se concentrer sur les intentions du réalisateur et le scénario est franchement déroutant. Dommage, car les prises de vues et la manière de filmer sont plutôt bien réussies.
Bernard CORIC
(Film visionné le 12/11/2024 à la journée de visionnement du GNCR à la FEMIS)
Je n'adhère pas à ce film dont le propos m'échappe totalement. Tout est traité par l'absurde en référence à karostami où Keaton selon des critiques. Je vénère ces 2 réalisateurs et leurs propos me touchent. Ici une seule scène m'a sorti de mon ennui. La visite touristique !
Film un peu perché mais qui assume son originalité. Pas tout compris mais pas détesté non plus. On perçoit que même si un perse se retrouve a Winnipeg trou perdu du Canada il reste un perse avec toutes ses spécificités culturelles
Film magnifique dans son principe - le cinéma est sans frontière, il est un pays supplémentaire - comme dans sa mise en scène précise et riche, qui rappelle Tati et Kiarostami dans un même mouvement.