Un film très surprenant de Albert Serra sur le thème de la corrida. Mais ce n’est pas du tout ce à quoi on pouvait s’attendre. Ou plutôt si, mais cela n’a rien à voir avec la corrida, mais c’est bien un film 100 % Serra . Les afficionados seront sûrement déçus car on est bien loin des reportages de Canal +, hyper esthétisants , très bien filmés , plans larges, qui essayaient de rendre la corrida convenable , artistique , ballets entre l’homme et la bête sauvage, en montrant le moins de sang possible, et les mises à mort filmées furtivement et en plan éloigné, esthétique reprise, endorsée , sublimée ,basée sur les à priori artistiques et historiques de la corrida , dans la tradition de nombreux très grands artistes afficionado de corrida comme : Picasso , Bacon, Hemingway ,Dos Passos, Mérimée, Montherlant, Jean Cau et beaucoup d’autres .
Non Serra ne s’intéresse pas à la corrida, pas à son cérémonial, on ne verra pas une fois les spectateurs et l’arène, , ou l’ambiance , ou la musique hispanisante, Serra veut montrer , comprendre : la violence , la mort ,l’agonie , la panique, la bestialité de l’homme et la force animale du taureau . Tout est tourné en gros plan, le taureau est très beau, sauvage, dans la tradition mythologique du Minotaure, mais il meurt aussi en gros plan , avec souffrance , du sang et des derniers râles , étalé voir écartelé au sol , tel un tableau de Bacon, c’est dur , c’est violent comme l’est la mort. Quand à Roca Rey , n.1 actuel, atypique et « trémendiste » son talent est bien montré dans 4 faenas , complètes , mais là aussi montrant plutôt son état de « possession » , sa concentration extrême, sa peur aussi, l’extrême conscience qu’il va côtoyer et se confronter à la mort. Il est montré sous un angle pas toujours sympathique, un peu mégalo, presque parano, et surtout ses péons , sa cuadrilla, qui portent des micro accrochés pendant les faenas révèlent un état paranoïaque constant . Avant les corridas départ en auto -van, plan fixe, où ses peones doivent le motiver et booster leur gladiateur , avec des mots très durs , vulgaires , machiste, guerrier . C’est un peu décevant. Idem au retour des corridas , dans ce même van, après que Roca Rey ait frôlé la mort ,voir soit blessé où ils font un debrief psychologique violent et surprenant, galvanisante , Roca Rey décrit comme un demi-dieu .Cette partie des commentaires est probablement la plus choquante, les mots sont dur, hors-sol, hallucinés .
Très clairement Albert Serra réussi un exercice, une œuvre unique, filmé de très belle manière comme d’habitude , presque pictural , comme il sait le faire, mais bien loin d’encenser , ou de magnifier la corrida, avec une approche clinique et distancié .