Tardes de soledad, documentaire commandé à Albert Serra, explore notre rapport à la mort par la violence, à travers l’esthétique brute et codifiée de la tauromachie. Le torero, Roca Rey — dont le nom même évoque une souveraineté presque dérisoire — est au centre de cette mise en scène. Son regard, d’une expressivité troublante, est suivi, traqué par la caméra : du miroir de sa chambre à celui du vide dans le van, de l’attente silencieuse dans le burladero à la captivité muette dans le calleron, qui ne vise que cette pièce de chair où se prépare le passage vers le Styx.
Serra met en jeu une trilogie — le taureau, l’homme, le public — qui pourrait donner l’illusion d’une unité de temps, de lieu et d’action. Mais chacun vit ce moment selon sa propre temporalité : un avant, un pendant, un après. Parfois, ils se rejoignent dans une forme d’unité fugitive, quand une onde, surgie du plus profond, traverse l’arène.
Le film ne prend pas parti pour la tauromachie. Il semble au contraire rendre compte, volontairement ou non, de cette tendance contemporaine à juger les formes jusqu’à les effacer. L’esthétique poussée à l’extrême, parfois ridicule, frôle l’absurde — et c’est pourtant là qu’elle trouve une part de sa vérité. Quelque chose, malgré tout, insiste et résiste.