Les débats autour de la corrida sont nombreux aujourd’hui : certains hésitent, d’autres défendent ou condamnent. À tous ceux qui hésitent, je dis : allez voir ce film. À ceux qui sont favorables : voyez-le quand même. À ceux qui sont opposés : vous ne serez pas convaincus, mais peut-être que cette expérience renforcera vos convictions.
Quand on parle de corrida, on invoque souvent le respect — mais dans ce documentaire, ce que je vois, ce sont des hommes invectivant un animal qui n’a rien demandé. Quand on évoque la dignité du taureau face à la mort, qu’on le redoute élégant, je réponds : quel être vivant accepterait de jouer un jeu où il sait qu’il est condamné d’avance ? Quel combattant de sport accepterait d’entrer dans l’arène si l’adversaire était armé alors que lui court à la mort ?
On justifie parfois la corrida par la tradition. Certes : jadis on fouettait un homme à cause de la couleur de sa peau ; on sacrifiât des vies humaines pour apaiser des dieux. Alors jusqu’où doit aller le “respect” de la tradition ? Oui, la corrida emploie des centaines de personnes — mais tout comme la guerre, le racisme ou l’exploitation peuvent “nourrir” des systèmes, cela ne les rend pas moraux.
Non, la corrida n’est pas un “art” : c’est un sacrifice. Une mise à mort déloyale, une humiliation d’un animal. Je serais pour la corrida quand le torero sera seul, sans cape, face au taureau, à mains nues. En attendant, je vous recommande ce documentaire : vous y verrez un être vivant insulté, terrorisé, le regard vide, impuissant devant ce qui lui arrive.
Ce film, Tardes de Soledad, ne fait pas de concessions : il expose la violence de la corrida, mais aussi sa solennité, sa solitude. Il n’oublie jamais l’animal — ni sa présence muette, ni sa souffrance. C’est une œuvre qui dérange, mais c’est peut-être ainsi que l’on commence à voir ce spectacle pour ce qu’il est vraiment.