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Franreal
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3,0
Publiée le 5 février 2025
La guerre ne doit pas être un spectacle, selon Alberto Minervini. Je serais plutôt en désaccord : le spectacle exerce une fascination qui n’est en rien un jugement moral en soi. Et l’artiste doit en jouer pour susciter ce que bon lui semble : réflexion, plaisir, dégoût, révolte e tutti quanti. En outre, Minervini exploite très bien le spectacle sanguinolent dans sa séquence d’ouverture.
Les Damnés de la Guerre de Sécession, soldats de tous les camps, traversent donc un film proche du documentaire, et il ne leur arrive (presque) rien.
Malgré quelques tableaux magnifiques de soldats cheminant dans les grands espaces dont la lumière diffuse peine à plaquer leurs ombres au sol, les véritables sujets sont ces soldats seulement. Enrôlé avec ce petit groupe, on n’a d’yeux que pour eux. De loin tous les mêmes ; de près on examine leurs singularités, et on a une heure et demie pour ça. Loin des films de patrouille habituels battant en brèche des convictions et la morale structurante, Les Damnés, prix de la mise-en-scène Un Certain Regard, arpente la frontière du contemplatif et de l’ennuyeux.
Vu dans le cadre de la reprise de la section Un Certain Regard à Paris : Un film assez époustouflant dans sa première partie quasi documentaire sur ces hommes parti à la guerre qui semblent déjà mort à peine apparus. La tension est captivante et la bataille mise en scène de façon très ingénieuse. C'est quand le film va venir exposer son propos plus clairement que le mât blesse et finit par rendre le film très bavard et moins passionnant. Dommage.
Expérience immersive quoique plate, le film de MINERVINI sonne comme une sacrée prise de risque, un pari qui paye visuellement, mais qui se traîne narrativement
En quoi sont-ils damnés, les patrouilleurs de l'armée Nordiste, explorant des terres vers l'Ouest, en 1862, durant la guerre de Sécession ? La réponse ne figure pas dans le film de Roberto Minervini , lequel reste fidèle à son expérience de documentariste dans cette fiction où l'on cherchera en vain quelque chose de vraiment palpitant à se mettre sous la dent. C'est le quotidien de ces soldats, qui semblent abandonnés, qui nous est montré dans un geste contemplatif où rien n'arrive, à l'exception d'une scène dont on ignorera tout des tenants et des aboutissants. Aucun personnage n'est suffisamment saillant pour exciter un peu notre curiosité même si l'on apprend, au fil de courtes conversations, la raison de l'engagement de ces hommes dans la guerre, la place de Dieu dans leurs motivations ou encore le sentiment d'absurdité qui, parfois, les étreint. Mais la neutralité des échanges entre soldats court-circuite tout espoir de partager une quelconque émotion et c'est sans doute le but du réalisateur que de nous plonger à l'intérieur de cette escouade mais sans chercher à nous rendre ses membres vraiment proches. spoiler: Ces volontaires sont-ils damnés parce qu'ils courent à leur perte ou parce qu'ils ont cessé de croire en quoi que ce soit et surtout à l'utilité de la guerre ? Franchement, à la fin de la projection, la question reste en suspens mais le pire est que le film ne nous a donné aucune envie d'y répondre.
1h30 à voir des gens jouer aux cartes dans la neige, et regarder un revolver, fin. Alors, qu'on revienne sur le principe de "réalisme" au cinéma : ce n'est pas parce que les soldats de la Guerre de Sécession s'embêtaient copieusement (pour le dire poliment) toute la journée, que nous, spectateurs, sommes obligés de nous enquiquiner comme des rats morts. On a senti que le film s'engageait mal (pour le dire poliment, encore) quand le réalisateur est monté présenter son film en disant seulement : "Je viens du documentaire contemplatif, et je ne voulais rien de spectaculaire dans ce film de guerre." Oh, ben, c'est réussi, à droite, notre voisin de siège ronfle, à gauche, cela rigole nerveusement "C'est nous, les Damnés, en fait...", et nous-même, on est en train de chronométrer la scène du revolver, juste pour voir si la scène de la tarte de Ghost Story a de la concurrence. Bon, elle reste indétrônée, mais on y a cru, quand le soldat qui explique à son cadet comment marche un revolver se met à compter les balles (une, deuuuux, troiiiiis... "Mais, il ne va pas toutes les faire ?" / "Si..." / "Oh meeeer...") et enchaîne en comptant les crans qu'il tourne sur son barillet (Tu tournes un cran, deux crans, trois... "Oh mais, sers-toi en pour nous flinguer, pitié..."). Aussi, si vous vous réveillez en sursaut lors de la scène de bataille, ne nous demandez surtout pas contre qui cela tire : on ne sait pas. On voit juste des sapinettes qui ont des étincelles à leur pied, mais on ne comprend pas qui sont les ennemis, ou même s'ils ne se tirent pas dessus entre eux (on s'occupe comme on peut, que voulez-vous). On se retrouve donc démuni de toute explication à la fin du film, quand on se retrouve à suivre uniquement spoiler: deux gars sur l'ensemble de la brigade (où sont passés les autres ? Ils sont morts, blessés, perdus, en chemin autre part ? : On s'en f...), les yeux écarquillés d'avoir passé plus de temps à reluquer un cheval tirer sur sa longe en hennissant ou une meute de loups dépecer une biche, plutôt que de savoir ce que sont devenus les personnages principaux de cette histoire... Encore une fois, on comprend l'envie du réalisateur de nous faire ressentir l'expérience "Guerre de Sécession" de l'intérieur, d'un point de vue d'un bastion qui n'en fiche pas une la grande majorité du temps, et se retrouve dans un sacré bazar de tirs confus le 1% du temps qui reste (celui qui compte, pour leur survie), mais avait-on besoin de s'ennuyer autant ? Non. Aux courageux soldats qui s'engagent dans le visionnage de ce documentaire sur l'ennui (expérience immersive), on vous souhaite bien du courage (prenez-vous un paquet de cartes).