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Dans la jungle urbaine londonienne, où les mojitos remplacent les boussoles et où l'horloge biologique sonne plus fort que Big Ben, Bridget Jones ressurgi. Toujours elle, toujours nous, un peu plus froissé par le temps, un peu moins désobéissante face à la gravité, mais armé d'un journal intime qui devrait être classé au patrimoine mondiale de l'autodérision. Renée Zellweger, inébranlable, réendosse ce costume qui lui va comme un pyjama trop porté : déformé, confortable, et diablement attachant. Bien sûr, Hugh Grant refait surface, parce qu'un Bridget Jones sans Daniel Cleaver, c'est un mojito sans menthe : toujours alcoolisé, mais avec ce petit goût de "il manque quelque chose". Son sourire carnassier et son insolence so British nous rappelle que le temps passe, mais que certains hommes restent figés dans le marbre de leur propre légende. Face à lui, Chiwetel Ejiofor incarne M. Wallaker, professeur de sciences au charisme discret, qui semble avoir compris que l’amour, à 50 ans, s’emballe moins qu’il ne s’installe. Lui, c’est le contrepoint raisonné à l’ouragan Bridget, une ancre prête à couler — ou à flotté mollement, selon les scènes.
La réalisation de Michael Morris tente bien quelques audaces visuelles, comme un plan-séquence illustrant les voix intérieures de Bridget, mais soyons honnêtes : ce n’est pas pour la mise en scène qu’on vient voir Bridget Jones, c’est pour ses tribulations sentimentales et ses cascades émotionnelles dignes d’un manège mal huilé. Entre les applications de rencontre et les dîner mondains où l’on dissèque l’existence à grands coups de quinoa bio, le scénario jongle entre le réel et la caricature avec une aisance qui frôle le vertige. Et pourtant, on ris. Parce que Bridget, c’est nous, c’est vous, c’est cette éternelle malhabile de la vie qui court après le bonheur en talons trop haut. Là où d’autres franchises s’effondrent sous leur propre nostalgie, celle-ci parvient à raviver la flamme sans trop soufflé sur les braises. Alors oui, certains gags sentent le réchauffé et certaines répliques tiennent plus de la recette recyclée que de la punchline inoubliable. Mais comment résisté à cette comédie romantique qui se moque d’elle-même avec autant de panache ?
Bref, "Bridget Jones : folle de lui" n’a rien du renouveau qu’on attendait, mais il offre exactement ce que l’on espérait : une délicieuse désillusion en forme de clin d’œil. C’est un verre de Chardonnay après une longue journée, une couette un peu trop chaude mais rassurante, un film qui ne change rien à nos vies mais nous donne envie de sourire, et parfois, c’est déjà beaucoup. Bravo !