Treize ans après un cinquième épisode que personne ne réclamait, les frères Wayans reviennent avec leurs acteurs fétiches pour ce qui s’annonçait comme la réconciliation idéale entre une saga et son public. Il aurait fallu, pour ça, que Scary Movie 6 ait quelque chose à dire. En voulant canceller la cancel culture, ils ont fini par se canceller eux-mêmes.
"Réalisé par Michael Tiddes, Scary Movie 6 adosse son intrigue au Scream 5 avant d’y greffer, en vrac, des références à Get Out, Sinners, Terrifier 3, M3GAN, Smile, Longlegs, Évanouis, Mercredi, John Wick et quelques mèmes internet à la demi-vie de six semaines. Sur le papier, c’est l’inventaire d’une cinéphilie horrifique respectable. À l’écran, c’est un exposé oral avec des illustrations lourdingues. Le problème fondamental du gag de parodie, c’est qu’il ne suffit pas de reconnaître une scène, il faut la prolonger jusqu’à l’absurde, en extraire la logique interne et la faire exploser. Ici, on se contente de signaler qu’on a vu le film, alors que la chute au segment de The Substance était vraiment drôle. Le public, lui, est supposé applaudir d’avoir reconnu. Sauf que les spectateurs de 2026 ont grandi avec Scream et connaissant mieux leur catalogue horrifique. Les Wayans se croient plus malins qu’eux et c’est exactement l’erreur que ne commettaient pas les ZAZ, dont le film rend hommage dans une scène d’une mollesse consternante."
"Et ce qui aggrave tout, c’est que Scary Movie 6 se prend au sérieux. Marlon Wayans a beaucoup communiqué en amont sur sa volonté de « canceller la cancel culture », de ramener la comédie telle qu’elle était. Les blagues sur les pronoms, la transidentité, les divisions politiques, ont moins l’air d’une subversion joyeuse que d’un règlement de comptes générationnel avec une époque que les Wayans ne comprennent tout simplement pas. La vulgarité, qui dans le premier film fonctionnait contre quelque chose, flotte ici dans le vide, sans cible précise ni tension à désamorcer. Et la séquence animée, travaillée et visiblement coûteuse, est du fan service pur, un moment qui flatte surtout l’ego des artistes, en éjectant le reste du public, celui qui n’a pas de raison de se souvenir que les Wayans ont été évincé de leur propre saga à partir du troisième épisode. On assiste alors à quelque chose de cringe, des créateurs qui se regardent à travers leur propre mythe, un auto-critique méta, revendiquant une importance dont ils sont les seuls à reconnaître."
"La parodie est un genre sans filet. Si ce n’est pas drôle, il ne reste rien. Pas d’intrigue à sauver, pas de mise en scène à admirer, pas de performance à saluer. Juste le silence gêné d’une salle qui attend le prochain gag en sachant déjà qu’il ne viendra pas. Scary Movie 6 occupe ce silence pendant près d’une heure et demie. C’est long, assomant et médiocre. Et les slashers qu’il parodie, eux, savent au moins comment achever leurs victimes proprement."
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