Treize ans après un calamiteux dernier volet ayant enterré le genre de la grosse parodie US sous un amas de vannes graveleuses bien plus gênantes que drôles, "Scary Movie" ressurgit sur grand écran avec le retour des frères Wayans, ses créateurs originels, au scénario. En tirant opportunément sur le fil satirique laissé par "Scream" vis-à-vis du registre de l'horreur pour l'entraîner vers la complète parodie, le premier volet avait été en quelque sorte le sympathique fossoyeur de la vague des néo-slashers de la fin des années 90/début 2000 avant de malheureusement laisser la place à un second opus dirigé vers l'épouvante bien plus faiblard niveau rires, fait à la va-vite pour surfer sur le succès de son prédécesseur et actant le départ des Wayans de la franchise.
Plus de deux décennies après ce deuxième film, l'évolution folle du genre horrifique au cinéma laisse forcément derrière elle un terreau complètement inédit pour de nouvelles idées parodiques, à commencer par celle du "requel", la suite-héritage imaginée pour relancer une saga à succès sur grand écran dont les Wayans s'emparent aujourd'hui (comme leur modèle "Scream" avec le cinquième opus) en vue d'une compilation de détournements de tous les plus grands hits récents de la catégorie -et bien plus- dans le prolongement direct des deux premiers longs-métrages.
Honnêtement, vu le vivier possible de vannes engendré par un genre qui n'a sans doute jamais été aussi en forme et diversifié que ces dernières années (à la fois commercialement et artistiquement parlant), on partait plutôt confiant pour au moins quelques bons fous rires devant ce sixième épisode.
Le film originel reprenait comme ossature scénaristique le récit de "Scream", celui-ci utilise donc logiquement celle de l'intrigue de "Scream" cinquième du nom (et aussi du 6 pour l'intro) pour faire revenir toutes les têtes fondatrices de la franchise et une fournée de jeunes protagonistes chargés de leur succéder face aux meurtres du déjanté Ghostface local. Au milieu de tout ça, "Halloween" 2018, "Évanouis", "The Substance", "Terrifier", "Ma", "Get Out" et bien d'autres vont bien entendu passer à la moulinette de l'humour bien gras et sans limite des Wayans... comme si, finalement, vingt-cinq ans ne s'étaient jamais écoulés depuis "Scary Movie 2", ce qui en fait à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse de ce requel parodique.
Pour ceux qui apprécient les deux premiers films et les autres comédies de la fratrie, on ne va pas se mentir, il y aura de quoi se marrer. Faisant fi de la plupart des convenances actuelles, les Wayans prennent toujours un plaisir manifeste à appliquer leurs idées délirantes sur les travers les plus absurdes que leur laisse entrevoir les derniers succès hollywoodiens et dans lesquels ils continuent de nourrir leurs obsessions comiques avec une réelle efficacité, notamment à travers les piliers de la saga (la place des Afro-américains dans le registre horrifique avec une excellente idée d'apparition inaugurale, le personnage gay pas si refoulé de Ray, les trips de Shorty, les retrouvailles entre Cindy et Brenda, Doofy, etc). Tout ce qui concerne les fondamentaux des "Scary Movie" signés par leurs mains et leurs débordements sur de nouveaux titres à se moquer se révèle être le plus redoutable pourvoyeur de rires au sein du film, même si bien sûr -et on y est habitué avec les Wayans- tout ne se révèle pas du meilleur goût pour faire forcément mouche à chaque fois (les gags autour d'un parc d'attraction "Destination Finale", les premières allusions à "Get Out" ou à "Sinners" ou la relecture de "Évanouis" font clairement partie de nos scènes favorites).
Bref, si vous avez toutes les clés en main en termes de références tout en étant client de la débilité de la proposition, de bons moments de rires seront au rendez-vous. Cependant, ce "Scary Movie" semble aussi malgré tout se figer sur l'exacte même posture que ses créateurs avaient sur les premiers épisodes, les laissant paraître peu à peu réactionnaires, voire décontenancés par une nouvelle génération sur laquelle ils s'amusent à taper en utilisant uniquement la caricature de ses extrêmes.
Certes, le film tire à boulets rouges sur à peu près tout le monde mais, en transformant le passage de flambeau entre adultes et enfants en une forme d'opposition centrale qui s'étale à la strate du meilleur humour, à celle du principe même de requel (c'est juste en soi à ce niveau, "Scream 7" ayant été obligée de remettre son héroïne Sidney au centre des débats), à celle de personnages qui méritent ou non de survivre à la sortie de son récit (nous, on aime plutôt bien la fille de Cindy, Olivia Rose Keegan fait preuve d'un très haut potentiel comique) et même à celle de ce qui représente le mieux l'essence d'un bon "Scary Movie" (l'idée du final méta aurait pu être drôle mais son exécution est bien trop lourdingue sur la durée), additionnée à la solution sans équivoque qu'apporte la conclusion à tout cela, le film laisse un arrière-goût parfois douteux sur les cibles qu'il privilégie, traduisant un immobilisme de personnes très contentes, sûres d'elles, de se complaire et de se revendiquer dans un éternel "c'était mieux avant parce qu'on était et reste les meilleurs".
On préférera laisser les meilleurs instants de rigolade parodique prendre le pas sur cette drôle d'impression laissée par ce curieux message de fond quant aux souvenirs que l'on évoquera de ce "Scary Movie" 2026. Après tout, on était venu là pour rire bêtement, pas pour faire fonctionner une ou deux neurones en vain.