Il y a une logique cruelle à ce que le retour des Wayans sur Scary Movie soit un film de Michael Tiddes. Tiddes est un exécutant loyal, celui qui filme les projets de Marlon Wayans depuis A Haunted House, c'est-à-dire depuis le moment où la parodie a cessé d'être un geste pour devenir un contrat à honorer. Le confier à la reconquête du titre originel, vingt-cinq ans après que Keenen Ivory Wayans et les siens en ont été chassés par la maison Weinstein, revient à célébrer un retour aux sources en engageant l'homme qui a passé une décennie à en fabriquer des reproductions autorisées.
Le film s'appelle officiellement Scary Movie, sans chiffre pour rebrancher directement sur l'an 2000. En preuve, Cindy Campbell, jouée par une Anna Faris qu'on retrouve après un quart de siècle, y vit en recluse survivaliste, brouillée avec ses deux filles ; Brenda Meeks (Regina Hall) élève des jumeaux ; Shorty et Ray reviennent avec leurs manies intactes ; un tueur masqué relance la mécanique. La trame est celle de Scream 5, prise au sérieux et suivie sans écart, et sur cette armature viennent se greffer des blagues sur The Substance, Smile, M3GAN, Longlegs, Sinners, Weapons, Terrifier, Get Out.
Commençons par ce qu'il délègue. Emprunter aux plus mauvais épisodes de la franchise sa causalité, sa temporalité, sa distribution du suspense, et ne s'en écarter que pour les gags, c'est faire produire par la cible l'intégralité de l'ossature. Le premier Scary Movie travaillait autrement : il contaminait le slasher, tenait le cadrage de la traque jusqu'à ce que la grammaire de la peur se disloque sous le poids de son propre sérieux. Ici le sérieux tient les murs et le rire pose les affiches. La parodie devient sous-traitance, et le spectateur ne rit plus d'un genre, il se félicite de l'avoir identifié.
Le montage confirme et aggrave. Le régime dominant est celui du décrochage — la digression parodique s'extrait du flux, se joue à part. Conséquence : un objet qu'on cite par juxtaposition n'est jamais soumis à l'épreuve de la durée, donc jamais déformé, donc jamais compris. Le film ne lit pas les films qu'il convoque, il les liste. Et l'inventaire est la forme propre du catalogue de droits.
Ensuite, il faut presque s'excuser d'en parler, comme s'il s'agissait d'un détail technique sans rapport avec le rire : la lumière est plate. C'est le contraire. Tout le dispositif originel reposait sur le mimétisme visuel — imiter exactement la texture de l'horreur pour la faire craquer de l'intérieur. Une lumière uniforme, sans modelé, prive le film de tout accès à la peur, et donc de tout accès à son détournement.
Le film installe au centre de sa fiction Olivia Rose Keegan en fille de Cindy, dont toute la performance consiste à reproduire la voix et les gestes d'Anna Faris — la transmission comme clonage, la franchise se perpétuant par mimétisme faute de savoir inventer. Il faut admettre la réussite. Faris parvient à rendre sincères des blagues mortes mais qu'une comédienne doive porter l'intention comique signifie que la forme a cessé de construire le gag. C'est la définition d'une captation, et c'est la vraie économie du projet : payer des visages pour compenser l'absence de mise en scène. Mais lorsque The Substance apparaît, c'est-à-dire l'œuvre qui traite exactement de cela — le double plus jeune, l'industrie qui réclame un corps neuf, la femme sommée de se reproduire à l'identique en mieux —, elle est réduite à une blague sur le body horror et des standards de beauté ridicule. Traiter The Substance sérieusement obligerait le film à regarder Keegan en face, et derrière Keegan, Faris, et derrière Faris, etc.
Shorty et Ray, eux, tournent dans leurs boucles de l'an 2000, et tout est daté. Brenda, enfin, reconduit exactement ce que la franchise se targuait autrefois de moquer, le personnage noir comme surface de renvoi.
Le corpus parodié dessine un hors-champ social qui, lui, ne relève d'aucune contrainte technique. Manquent le Conjuring Universe, Blumhouse, les productions de plateformes, l'horreur née d'internet, c'est-à-dire l'horreur réellement consommée. Figurent les titres primés, festivaliers, discutés. Le premier Scary Movie visait par en dessous le produit adolescent de multiplexe, et sa vulgarité était une arme de classe ; celui-ci vise la saison des prix. Le grossier y survit comme maniérisme de studio, geste de connivence entre gens qui savent qu'ils n'ont plus rien à renverser.
Il y a pourtant des gags politiques — Epstein, ., le chamane du 6 janvier, Diddy, #MeToo — mais prennent tous la forme de l'insert : une image, un décrochage, retour. Une satire sans durée n'est pas une satire, c'est une mention. Une seule séquence bénéficie d'un développement, d'une escalade, d'un temps de construction : celle du train où des passagers deviennent violents après un rappel sur les pronoms. En cela, c'est indéniablement la meilleure.
Ce que ce film raconte de son époque, il l'a dit lui-même dans sa blague la plus bête, celle du personnage nommé Tuesday parce que Wednesday appartient à quelqu'un d'autre. Voilà son vrai sujet, et le seul qu'il traite avec exactitude : le périmètre de ce qu'un studio a le droit de nommer. Il exécute la parodie au terme d'un processus qui l'a rendue impossible, en rachetant les auteurs qu'il avait dépossédés, en leur rendant un nom sans leur rendre une grammaire, en finançant leur moquerie à condition qu'elle s'exerce sur un catalogue vérifié par le service juridique. Et un film qui trouve drôle de ne pas pouvoir dire Wednesday a cessé, quelque part entre 2000 et maintenant, d'espérer dire quoi que ce soit d'autre. Le marketing a été mieux pensé que le film, et comme un idiot ça a fonctionné sur moi.