Le film de samouraï.... un classique du cinéma japonais, avec ses codes, l'observance stricte des règles de l'honneur, le sabre omniprésent pour des duels et des batailles sanglants, ou pour accomplir le seppuku lorsque, justement, l'honneur a été atteint (quelle horreur ce truc parce qu'il est impossible qu'on puisse en mourir sur le coup!) Et un minimum de psychologie... l'inflexible règle d'honneur n'a pas besoin des sentiments.
Mais il me semble que les jeunes (et brillants!) réalisateurs japonais s'attachent tous maintenant à raconter des histoires de notre temps. Tous... sauf Kazuya Shiraishi (que je ne connaissais pas du tout) qui est manifestement un admirateur éperdu de Kurozawa. (Encore que le grand Kurozawa nous aurait sans doute réservé une fin plus sombre)
Nous sommes à l'ère d'Edo, dans un quartier de plaisir -au coeur du monde flottant! Yanagida, un ronin (Tsuyoshi Kusanagi, magnifique de dignité) y vit avec sa jeune fille Okinu (Kaya Kiyohara). Comment en est-il arrivé là? Il a été chassé de chez son maitre à la suite d'accusations mensongères ourdies par un autre samouraï, le jaloux Shibata (Takumi Saitoh)
Il survit en sculptant des sceaux, et elle en faisant des travaux de couture. Mais il est aussi un grand joueur de Go. Il gagne, mais refuse de jouer pour de l'argent. Ne serait ce pas contraire à son honneur de samouraï? Là, une remarque s'impose. Tout le début du film, où l'on assiste à des échanges sur cette étrange table quadrillée, où l'on pose des pierres pour tuer les pierres de son adversaire, lorsqu'on ne connait rien à ce jeu, est légèrement plombant... On découvre tout un monde, est ce que cela existe encore de nos jours? où les passionnés se retrouvent dans de multiples établissements de jeu.
Un jour, le hasard fait rencontrer à Yanagida l'usurier et marchand d'art Genbei (Jun Kunimura) Genbei est une crapule: tout le quartier le craint, et les petits enfants le suivent de loin en se moquant de lui. Mais, voilà que cette partie avec Yanagida lui fait entrevoir une autre façon de vivre, dans la droiture et la dignité.. il va changer... c'est beau.... comme du cinéma!
Genbei a un employé un peu benêt, (mais lui même fils de samouraï...) Yakichi (Taishi Nakagawa) qui va évidemment tomber amoureux d'Okinu.
A partir de là nous voilà embarqué dans toute une histoire... de vengeance... d'honneur bafoué... dans les plus pures règles de l'art (sors de ce corps, Kurozawa!) mais ce qui compte, c'est l'incroyable beauté de la reconstitution de cet Edo d'alors, cette vie vibrionnante que nous connaissons par les estampes, beauté qui cache aussi un incroyable dureté. La patronne du bordel -je le rappelle, on est dans un quartier des plaisirs (Kyôko Koizumi) traite durement ses filles, mais elle n'a pas le choix. C'est ça... ou disparaitre. Les maitres ont droit de vie et de mort sur leurs serviteurs. Le Moyen-âge cruel a sans doute été plus cruel encore en extrême Orient qu'en Occident...
Bref, c'est Hiroshige ou Hokusai qui prennent vie, qui s'animent devant nous! Et les scènes d'intérieur, éclairées à la bougie, sont magiques. A voir, évidemment!!