"Pourquoi aurait-il créé un univers aussi vaste si nous étions les seuls à en profiter ?"
Plus de 20 ans après son adaptation de «La Guerre des Mondes», le "Roi du divertissement (mais pas que)" se reconnecte aux ovnis avec ce «Jour de la Révélation», un film au sein duquel les visiteurs venus d'ailleurs se présentent comme une métaphore du besoin de rassembler une humanité fracturée et ayant perdue espoir dans un monde au bord du gouffre.
Rappelant, de par certaines de ses thématiques, la série «X-Files», ce 37e long-métrage de tonton Spielberg nous déroule deux trajectoires, deux protagonistes (Daniel, un lanceur d'alerte détenant des archives classifiées et traqué par son ancien employeur, une sorte d'agence à la "Men in Black", voulant à tout prix que la vérité ne soit jamais exposée aux yeux du monde / Margaret, une présentatrice météo se retrouvant soudain dotée de capacités hors du commun et se lançant à la recherche de Daniel), qui finissent par se rejoindre, connectés par la même entité, et faisant d'eux des ponts entre les humains et les extra-terrestres.
Après son autobiographique «The Fabelmans», dans lequel il décortiquait sa jeunesse, sa famille et les vérités douloureuses mais aussi réparatrices qui les entourent, ce «Disclosure Day» se veut comme un miroir tendu par Spielberg à sa propre filmographie, comme une sorte d'aboutissement à sa fameuse "Spielberg Face", qu'il a véritablement développé dans son «Rencontres du 3e Type», auquel ce nouveau film fait écho sur pas mal de points.
Un blockbuster se voulant profondément humaniste, voulant nous parler de l'autre pour mieux nous parler de nous, avec nos contradictions comme avec nos croyances, et à une époque où le complotisme et le cynisme sont de mise.
Un film qui fait sens au sein de la filmographie de Spielberg de par les questions qu'il se/nous pose et la solution (en suspens) qu'il veut y apporter.
Mais un film qui, en soit, a malheureusement eu du mal à vraiment me captiver, m'embarquer.
La faute sans doute à un scénario (co-signé par David Koepp et Spielberg lui-même) au déroulé bien trop attendu (une course-poursuite sans vraie surprise), au manichéisme un peu trop forcé (les motivations personnelles de l'antagoniste Colin Firth sont un peu légères à mon goût), sans parler de certaines facilités
(souvent liées à l'utilisation d'un artefact bien précis. Autant, ça pouvait marcher dans les années 80/90, autant aujourd'hui, c'est plus compliqué de faire abstraction de ce genre de "détails". Et puis ce moment où les agents de chez Wardex débarquent vers la fin du film pour tout stopper, et décident de repartir tout penauds 30 secondes plus tard en mode "tout ça pour ça"...)
pour garder, j'imagine, une certaine forme d'efficacité au niveau du récit, et ce malgré un rythme parfois inégal.
Au milieu d'une galerie de personnages un peu trop uniformes pour pouvoir s'y attacher un minimum, celui incarné par Emily Blunt sort du lot, nous offrant sans doute les scènes les plus décalées et touchantes du film.
Quant à son aspect formel, Spielberg nous prouve qu'il en a encore un peu sous le capot du haut de ses presque 80 ans, notamment dans ses plans-séquence, permettant de faire suffisamment exister ses scènes et ses personnages sans avoir recours au sur-découpage comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui.
Concernant les quelques scènes d'action du film (dont une course-poursuite en voiture), elles sont bien mises en scène, mais manquent d'impact pour vraiment rester en tête (l'usage d'effets visuels trop voyants doit aussi y être pour quelque chose, me laissant pas mal à distance de celles-ci).
Un film qui, dans sa dernière demi-heure (possiblement la plus intéressante),
vient clairement raccorder les ponts avec «Rencontres du 3e Type», quand la vérité est exposée, non plus à une poignée de scientifiques et de militaires, mais au monde entier.
Une nouvelle fois une question de regards ("Si vous voyez ça, vous n'êtes pas seuls.") et d'images, d'écoute et de (possible) acceptation. C'est entre nos mains désormais...
Quelque part à la lisière du thriller d'espionnage et de la S-F, une œuvre se voulant empathique et sincère (un peu naïve diront certains, mais je n'en fais pas partie), mais une œuvre mineure et plutôt frustrante, à laquelle il m'a manqué un scénario solide et bien construit pour y adhérer comme je pouvais l'espérer. J'ai déjà senti Spielberg plus inspiré et incarné ces dernières années.
Et en terme d'émotion, de maîtrise et d'immersion, sa "trilogie" des extra-terrestres (Rencontres du 3e Type, ., La Guerre des Mondes) se situe, encore et toujours, un gros cran au-dessus.
Bref, un film mis en scène par un cinéaste qui me tient particulièrement à cœur dans ma vie de cinéphile, mais face auquel je suis resté trop en surface pour être véritablement touché par ce qu'il voulait me raconter (la faute principalement à comment il a voulu me le raconter).