L’attente
Nathan Ambrosioni est né 1999. C’est un jeune, un très jeune cinéaste dont la carrière a commencé à l’âge de 20 ans où il signait son 1er film, Les drapeaux de papier. Après le succès mérité de Toni en famille, en 2023, il revient avec ce nouveau drame familial. Un soir d'été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu'à la gendarmerie Jeanne comprend qu'aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître... 111 minutes tout simplement formidables de sobriété et de justesse dans l’étude des sentiments et la qualité de l’interprétation. A voir absolument.
En France, chaque année, de 4 à 5 000 personnes majeures disparaissent volontairement. Et leurs proches, comment font-ils ensuite, devant ce deuil incomplet ? Il n'existe pas de remède miracle à un tel abandon, mais seulement des adaptations, plus ou moins satisfaisantes. Il y a peu de cris dans le film, mais beaucoup de chuchotements et des silences qui en disent long. Le scénario explore « l’absence », ce qui, a priori, défie toute narration conventionnelle. Le choix du métier de Jeanne, le personnage centrale, n’est pas dû au hasard. Elle est experte en assurances – ce qui consiste à faire face au chaos des sinistres -, profession qui devient une sorte de métaphore du calme apparent qu’elle affiche face aux bouleversements de sa propre vie. Vraiment, ce drame, qui ne confond jamais sensibilité et sensiblerie, confine à la perfection
Camille Cottin est une fois de plus remarquable. Juliette Armanet et Monia Chokri ont de belles contributions, tout comme Guillaume Gouix, Féodor Atkine ou Myriem Akheddiou. Mais la grande découverte et le jeune Menoa Varvat, - déjà couronné d’un prix d’interprétation au Festival de Sarlat -, qui crève littéralement l’écran. Et je citerai aussi très volontiers la petite Nina Birman tout aussi parfaite. Comme Xavier Dolan au Québec, Nathan Ambrosioni est sans nul doute notre cinéaste le plus précoce et avec ce film plus qu’abouti il entre de plein pied dans la cour des grands.