Les Enfants vont bien trouve sa genèse dans la lecture d’un article en 2019 par Nathan Ambrosioni, où une mère évoque la disparition volontaire de son fils adulte. Le réalisateur se rappelle : "Dès lors la notion de « disparition volontaire » me hante. J’ai envie de comprendre. On peut donc disparaître et on en a même le droit… Je suis traversé par un sentiment de colère, je trouve ça inadmissible de faire subir cela à une famille."
"Cela correspond au moment où ma soeur part du jour au lendemain à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande. Mais je ne fais alors pas le lien entre les deux évènements. Ce n’est que plus tard, quand je me lance dans l’écriture, quand la colère s’est dissipée, que je prends conscience que j’ai à coeur à nouveau de parler de la famille."
Nathan Ambrosioni souhaitait créer une histoire autour d'un personnage invisible, une "ghost presence" incarnée par Suzanne. Jouée par Juliette Armanet, Suzanne est paradoxalement au cœur de toutes les discussions, bien que son absence soit une constante. Le défi pour le cinéaste était d'explorer comment rendre présent un personnage par son absence même, une exploration "de l'absence" qui défie la narration conventionnelle et explore des concepts émotionnels intenses.
Le film est singulier par son choix délibéré de se concentrer sur des personnages féminins, avec une quasi absence des personnages masculins. Le réalisateur souhaitait explorer un "espace sécurisant" en mettant en avant les femmes et les enfants, un terrain qui lui semble plus naturel et complice.
Le métier de Jeanne (Camille Cottin) n'a pas été choisi au hasard. En la présentant en tant qu'experte en assurances, Nathan Ambrosioni voulait juxtaposer son pragmatisme quotidien au chaos émotionnel qui s'immisce dans sa vie. "Son quotidien consiste à faire face au chaos des sinistres", précise Nathan Ambrosioni, soulignant comment cette profession devient une métaphore du calme apparent qu’elle affiche face aux bouleversements de sa propre vie.
Le réalisateur Nathan Ambrosioni avait déjà travaillé avec Camille Cottin sur son précédent film, Toni en famille. Dans Les Enfants vont bien, le jeune metteur en scène souhaitait approfondir la dynamique complexe et fascinante qu'il avait déjà perçue en côtoyant la comédienne :
"Elle a ce côté préoccupé, toujours en train de penser à quelque chose dans son regard quand on lui parle, et elle ressent tout très fort. C’est pour ça que j’ai écrit un autre film pour elle. C’était rassurant de construire avec Camille en tête parce que je sais de quoi elle est capable."
Le choix de tourner durant l'été est profondément lié à la nostalgie de cette période particulière. Pour Nathan Ambrosioni, cette saison évoque l'enfance, ce "moment fabuleux quand on est petit". Cela traduit une volonté de capturer cet "instant distordu" où le temps semble se dilater. L'été devient ainsi un protagoniste à part entière, amplifiant la mélancolie et la magie des vacances d'antan. Ce cadre estival ajoute une couche émotionnelle puissante qui imprègne chaque scène du film.
Le tournage s'est déroulé dans un lotissement en banlieue parisienne, imaginé par un architecte suédois. Cet endroit "non identifié et qu'on ne nomme jamais" sert à provoquer un sentiment de désorientation, alignant ainsi le spectateur sur la perception des enfants perdus entre différents lieux.
Ce choix de décor cherche à gommer toute référence géographique explicite, renforçant ainsi l'idée d'un ennui flottant et universel. Ces espaces "neutres" participent à l'atmosphère mystérieuse et légèrement perturbante du film.
Les jeunes acteurs qui jouent les enfants, Manoâ Varvat et Nina Birman, ont été encouragés à improviser lors de certaines scènes clés, notamment celles qui abordent la "situation tragique" qu’ils doivent affronter ensemble. Cette méthode a permis de créer une authenticité dans leurs interactions.
L'implication émotionnelle des enfants dans ces séquences a ainsi formé "le socle de leur relation" avec Jeanne, comme le souligne Camille Cottin. Ce choix de direction artistique a permis aux jeunes comédiens de s’impliquer profondément dans l’histoire et de développer une chimie naturelle à l'écran.