Huis-clos à ciel ouvert
C’est le 1er « long » pour Aurélien Peyre. 105 minutes qui nous parlent de dilemme identitaire et de conflit de classes dans un huis-clos à ciel ouvert. Hugo a 19 ans. Comme chaque été, il passe ses vacances sur une île atlantique, dans la petite maison familiale. Mais cette année est différente, Hugo s’est transformé physiquement et arrive accompagné de sa petite amie, Queen, une esthéticienne dont la verve et les longs ongles strassés détonnent avec la sobriété et la timidité du jeune homme. Rapidement, le couple devient l’objet de tous les regards. Ce drame cruel et solaire à la fois capte avec acuité les hésitations et les frustrations de la fin de l’adolescence. Malgré quelques réserves – que je vais expliciter – un film à recommander, en particulier pour la performance des acteurs et des actrices.
Oui, des réserves. D’abord une question cruciale : où sont les adultes ? Totalement absents de l’écran et même des propos de toute cette belle jeunesse. Ensuite, le choix de casting – excellent au demeurant -, mais aucun et aucune des protagonistes n’a l’âge du rôle. Et, pour moi, ça crée un décalage dérangeant qui nuit à la crédibilité de l’ensemble. Mais, outre ces quelques défauts, le film révèle une chronique douce amère des premières amours, une charge contre la dictature des apparences, une ode à savoir rester soi-même malgré des enjeux sociaux souvent pesants. Aussi, le scénario sait éviter le happy end de circonstance en lui préférant une conclusion plus radicale dans sa noirceur. Etonnant et bouleversant.
En parlant du casting, j’y reviens. Félix Lefebvre a 25 ans. Et pourtant on le voit à l’écran depuis 2020, grâce à François Ozon et son Eté 85. Son talent est incontestable mais il va falloir qu’un cinéaste le sorte enfin de ses rôles d’ado, dans lesquels, au demeurant, il excelle. Mais la grande découverte reste l’inconnue, découverte sur les réseaux sociaux, Anja Verderosa, d’un naturel confondant à la fois pétulante et tragique. Ajoutons les prestations de Suzanne Jouannet,- qui nous avait séduits dans La voie royale - et Victor Bonnet. Assez prévisible dans ses articulations, ce premier essai cinématographique globalement réussi est signé par réalisateur prometteur. A suivre !