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Jipéhel
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5,0
Publiée le 20 septembre 2024
L’oppression
Vous connaissez mon amour pour le cinéma iranien et surtout ma profonde admiration pour les cinéastes comme Panahi, Fahradi, ou Kiarostami et cette fois c’est Mohammad Rasoulof qui nous propose ce formidable film tourné en cachette sous la menace permanente d’une théocratie aveugle et toute puissante. Iman vient d’être promu juge d’instruction au tribunal révolutionnaire de Téhéran quand un immense mouvement de protestations populaires commence à secouer le pays. Dépassé par l’ampleur des évènements, il se confronte à l’absurdité d’un système et à ses injustices mais décide de s’y conformer. A la maison, ses deux filles, Rezvan et Sana, étudiantes, soutiennent le mouvement avec virulence, tandis que sa femme, Najmeh, tente de ménager les deux camps. La paranoïa envahit Iman lorsque son arme de service disparait mystérieusement... 165 minutes, pour un chef d’œuvre, c’est encore trop court. Il est rare qu'un film de près de trois heures tienne en haleine de bout en bout. Indispensable, un des films de l’année, la preuve il a reçu le Prix spécial du Jury à Cannes. Malgré son titre, ce drame familial, mais avant tout politique, traité comme un thriller psychologique, n’a rien de poétique. Après Le Diable n’existe pas, son précédent film, - Ours d’Or 2020 à Berlin -, il a fallu quatre ans à Mohammad Rasoulof pour se lancer dans un nouveau projet. Au cours de ces années, le cinéaste a écrit plusieurs scénarios, mais ce qui l’a finalement conduit vers ce chef d’œuvre est sa nouvelle arrestation à l’été 2022. L’histoire coïncide avec le début du mouvement Femme, Vie, Liberté, qui a ébranlé le pouvoir des mollahs en Iran. Elle lui a été en partie inspirée par le témoignage d’un gardien de la prison qui lui a confié vouloir se pendre devant l’entrée de la prison. Il souffrait d’un intense remords et ne pouvait pas se libérer de la haine qu’il éprouvait pour son travail. Aussi le cinéaste, a voulu réaliser un nouveau film pour contribuer à cet effort. Mais il n’est pas simple de rassembler des personnes prêtes à endosser les risques d’un tel projet. La peur d’être identifié et arrêté jette une ombre sur tout. Comment Rasoulof a-t-il fait pour contourner la censure ? Ça reste un mystère mais il dit que finalement, le courage de mon équipe a été la force motrice qui nous a permis de terminer ce film. Comme vous pouvez le lire, je vous parle peu du film en lui-même, préférant m’attacher aux coulisses d’un tournage insensé allant au-delà des limites du courage. Pour ce qui est du scénario – diabolique -, de la mise scène – virtuose vue les conditions -, de la direction d’acteurs – prodigieuse -, il FAUT voir cet immense moment de cinéma. Citons les quatre acteurs et actrices qui occupent l’écran en permanence ou presque, Misagh Zare, Soheila Golestani, Mahsa Rostami, Setareh Maleki qui expliquent l'entreprise de déshumanisation d'un régime totalitaire à travers les interactions d’une famille à priori banale. Voilà une leçon de courage et de résistance à nulle autre pareille et un hymne à une jeunesse qui ne baisse pas les bras. Un film « nécessaire » pour savoir et comprendre. En conclusion, espérons avec Rasoulof qui aime à dire : Les répressions peuvent temporairement maintenir la situation sous contrôle pour le gouvernement, mais finalement le mouvement vaincra.
Une bonne cause ne fait pas un bon film. Les prémices sont prometteuses d'un dilemme que l'on attend passionnant et qui n'est pas traité. Le scénario n'est pas tenu, la dernière heure vire au thriller improbable dont on ne comprend pas la raison, la fin est carrément ridicule. Allez plutôt voir Tatami, autre film iranien, remarquable en tous points.
Ce film de Mohammad Rasoulof explore la descente d’Iman, un père de famille conservateur et juge en Iran, dans la violence et le contrôle absolu. En réponse aux manifestations "Femme, vie, liberté", ses filles participent à la révolte,
spoiler: tandis qu’Iman, symboliquement privé de son autorité par la perte de son arme, tente désespérément de maintenir son pouvoir. Cette fracture générationnelle met en lumière l'opposition entre les valeurs patriarcales du régime et les aspirations de la jeunesse.
Le film dénonce les sociétés conservatrices en montrant comment l’autorité peut basculer vers la tyrannie face au changement. Iman, en enfermant sa famille, incarne la lutte d’un homme pour préserver un monde qui s’effondre autour de lui. Les performances des actrices Mahsa Rostami et Setareh Maleki, incarnant les filles, renforcent cette tension familiale et politique, offrant une réflexion puissante sur les dynamiques autoritaires dans la sphère intime.
"Les Graines du figuier sauvage" acclamé par la critique, récompensé au festival de Cannes cette année (Prix spécial du Jury) est un drame franco-allemand qui se regarde. En effet, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof exilé de son pays depuis le tournage, livre aux spectateurs un pamphlet puissant par moments contre le régime autoritaire et totalitaire iranien, surtout la première partie qui à partir de vraies images dénonce les violences policières et les exécutions quotidiennes dans son pays, malheureusement les 2h47 du film se font ressentir par moments notamment le dénouement qui vire parfois au grotesque, c'est vraiment dommage car le film avait toutes les qualités pour être un puissant plaidoyer pour la liberté du peuple iranien.
La situation politique en Iran est dramatique. Nous le découvrons régulièrement au journal télévisé, dans des reportages. Qu'est-ce qu'une fiction peut apporter de plus ? Une vision à hauteur d'homme, des images qui prennent aux tripes. Tout devient réel. Ca pourrait nous arriver. Cette société patriarcale exacerbée, ce pouvoir qui s'appuie sur la terreur et la violence, ça nous parle. Parce qu'à plus petite échelle, on l'a tous connu à un moment ou à un autre. L'histoire sur laquelle repose le film est très bien construite. L'intensité du drame monte crescendo. Les images d'archives viennent servir et appuyer le récit bien à propos. On est horrifié. L'amour réel que le personnage principal affiche vis à vis de sa femme et ses filles ne suffit pas à contrebalancer la soif de domination, l'aveuglement, l'intérêt et la peur. Un très bon film.
Très bon début, avec l'utilisation de vraies images des émeutes de 2022, permettent de bien arrimer le film dans un sujet de société brûlant. La première partie décortique bien les rapports au sein de cette famille iranienne, avec 2 filles ados/étudiantes. On se rend compte que le clivage dans la société n'est pas entre pro et anti-religion ou entre conservateurs et progressistes mais bien générationnel. C'est le mai 1968 iranien. J'ai beaucoup moins accroché avec la suite du film et l'intrigue autour du revolver, trop artificielle à mon goût et ouvrant la porte à un n'importe quoi scénaristique en mode thriller. Dommage, les acteurs et surtout actrices sont superbes. Le cinéma iranien est d'une vitalité extraordinaire, juste ce film n'était pas pour moi.
Il s'agit d'un film politique dont le sujet, les répressions de la république islamique iranienne contre les femmes qui veulent se débarrasser de leur voile est traité avec une immense accuité.
Le sort des femmes en Iran avec son lot de révoltes et de massacres n'est plus un mystère. Pourtant, rares sont les films qui explorent avec une telle justesse les mécanismes existants pour qu'une telle oppression soit possible. Dans ce film, la religion n'est pas un opium, encore moins une croyance sincère, c'est un instrument de domination politique et d'annihilement des individus, la porte ouvert à tous les mensonges, à toutes les hypocrisies des menaces ouvertes à ces femmes qui risquent leur vie en voulant se débarrasser de leur voile l'espace de quelques instants.
Etonnament la fin du film est un clin d'oeil brillant à Shining. Elle rappelle à quel point l'obscurantisme, l'enferment et la régression intellectuelle finissent par rendre fou. A l'heure où toutes les sociétés prennent conscience que les femmes doivent être traitées avec autant d'égard que les hommes, on du mal à croire que de telles situations puissent encore exister.
spoiler: "Le cinéma iranien est en plein essor et revient périodiquement dans les festivals internationaux depuis quelques décennies. On y découvre à chaque fois la société d’un pays gouverné par la peur, qui manque à ses devoirs envers ses citoyens et ampute tout élan artistique chez les cinéastes qui revendiquent leur liberté d’expression. Les Graines du figuier sauvage revient justement sur ces dysfonctionnements en suivant une famille unie, mais qui va peu à peu révéler des fêlures."
"Tout semble filer droit pour une famille assez loin de la misère. Seule la taille de leur logement oblige les deux filles adultes d’Iman et de Najmeh à cohabiter dans la même chambre. C’est un peu le constat que l’on peut faire d’un pays comme à l’étroit, où la moindre étincelle finit par embraser chaque membre de la famille. Dans les rues, les citoyens hurlent leur mécontentement en espérant ne pas être pris pour cible par les forces de l’ordre. Rasoulof n’opte pas pour une reconstitution immersive des manifestations et préfère insérer d’authentiques images postées sur les réseaux sociaux pour attester d’une violente et sanglante répression. Nous ne verrons qu’une étudiante atteinte par un tir de flashball, sonnant ainsi le début des hostilités au sein d’une famille qui se déchire de l’intérieur."
"Dans Les Graines du figuier sauvage, le devoir d’Iman est soumis à un interrogatoire inversé, car c’est bien le cinéaste qui maîtrise le dialogue, c’est bien lui qui capture l’incompréhension du peuple pour que le père de famille doute de son entourage. Iman peut-il devenir Un homme intègre dans une institution pleine de corruption ? Peut-il seulement remplir son rôle de père avec une arme cachée dans sa table de chevet ? Plus que jamais engagé politiquement, Les Graines du figuier sauvage nous permet d’écouter les lamentations qui se répètent depuis des années et qui sont amenées à bouleverser un mode de vie conservateur, un mode de vie sans libre-arbitre."
Retrouvez ma critique complète sur Le Mag du Ciné.
Très - trop - long, le film pêche par un manque de cohérence et de compréhension des principaux personnages (le père et la mère), un nombre inutilement long de scène de violence filmées durant les émeutes. La première heure est laborieuse, la seconde magnifique (ah la scène de l’interrogatoire), la dernière demi-heure foutraque. L’octroi du prix spécial interroge quand même un peu.
je suis très déçue. je vais arrêter d’aller voir les films primés à Cannes. je ne comprends pas comment ce film a eu un des plus grands prix celui du jury. il est très long. il aurait pu être coupé de la moitié au montage. la 1ere partie est copiée collée avec led vidéos de la révolution des foulards. donc pas de travail cinématographique. la 2eme partie traîne traîne traîne pour connaître le fin mot de l’histoire
Cette marée de critiques dithyrambiques me ferait presque douter de mon ressenti et de son analyse. Je suis sortie de la salle à la limite de l’étouffement avec la sensation d’avoir été prise en otage pendant presque trois interminables heures. Le film est long, bavard, la mise en scène appuyée, les scènes elles-mêmes redondantes. L’auteur semble craindre que l’on ne comprenne pas son propos. Oui cette famille est enfermée ! Jusqu’à la dernière partie, l’histoire se déroule à l’intérieur avec dans chaque scène, ou presque, la fenêtre au travers de laquelle le spectateur ne voit rien, ou seulement une image cadrée et tronquée de la réalité. Les personnages entrent ou sortent de l’appartement et l’extérieur reste occulté. Les évènements ne sont montrés que dans des vidéos issues des réseaux sociaux, ce choix est systématique. Trop systématique. Pour dire que les filles ne vivent la réalité que par procuration ? Oui la mère est au service de son mari (et de ce fait du régime) ! Combien de fois la voit-on réconforter docilement le chef de famille ? Combien de fois la voit-on nettoyer, récurer, effacer, frénétiquement. Et pourtant, le retournement de sa prise de position dans la dernière partie reste incohérent. Toute la construction du film se voit, elle empêche l’émotion et l’empathie du spectateur. Les seuls moments où le récit, perclus de lourdeurs, s’allège, sont les scènes où les filles clament leur désir de briser le carcan. Quant au dernier volet il jette le spectateur dans la confusion, le faisant douter d’assister toujours au même film que celui qu’on lui a montré jusque-là. Le contexte politique n’était donc que le prétexte de cette histoire ? S’est-on trompé de genre ? Que voulait raconter l’auteur en fin de compte ? s’agit-il d’une allégorie ? Quoi qu’il en soit, un montage « chirurgical » aurait tout clarifié : le propos, les moyens et les personnages.
Le réalisateur Mohammad Rasoulof nous offre une œuvre dense, un thriller de 2h40 dont l'intensité est palpable dans la salle. Il rend hommage aux femmes iraniennes, courageuses dans leur combat pour changer ce régime des Mollah.
La première partie du film est très réussie, ambiance lourde et angoissante, les acteurs sont formidables et l’on revit de manière intense les événements qui ont marqué l’Iran en 2023. Puis le film se mue en un huis clos familial qui tourne au ridicule. Y a-t-il des symboles qui m’ont échappé ? Si tel est le cas, ils sont lourds et cela devient franchement indigeste. Je ne comprends pas les critiques journalistiques, encore moins les palmes à Cannes. Les cinéastes iraniens nous ont habitué à beaucoup mieux
Iman vient d’obtenir une promotion dans l’appareil répressif iranien. Ce mari aimant, ce père dévoué va pouvoir offrir à sa femme Najmeh et à ses deux filles, l’aînée Rezvan étudiante et la cadette Sana encore lycéenne, de meilleures conditions de vie. Mais sa promotion fait désormais peser sur sa famille des obligations supplémentaires. Elle se doit d’être irréprochable alors que la mort brutale de Mahsa Amini, après son arrestation par la « police de la moralité » pour port du voile inapproprié jette la population iranienne à la rue au cri de « Femme, Vie, Liberté ».
Il est fréquent de filmer les dictatures du point de vue de ceux qu’elle opprime ("Le Cercle rouge", "La Jeune Fille et la Mort"…) ou bien de celui de citoyens ordinaires insidieusement impactés par le cour des choses ("Une journée particulière", "L’Histoire officielle", "Au revoir les enfants"…). Il l’est moins d’embrasser le point de vue des oppresseurs, même si "La Zone d’intérêt" vient d’en donner un exemple magistral et glaçant.
Mohammad Rasoulof l’avait déjà fait dans le premier volet de "Le diable n’existe pas", qui avait pour personnage principal un homme ordinaire dont on apprenait à la toute dernière image, inoubliable, qu’il officiait comme bourreau à la prison centrale de Téhéran. Son héros dans "Les Graines…" est un homme ordinaire, pas foncièrement antipathique, qui travaille comme enquêteur au ministère de la justice. Son travail est d’interroger les détenus et, si je l’ai bien compris, de requérir contre eux une peine. Et l’objet du film est de montrer comment cet homme peine à assumer ses fonctions face à sa famille qui les réprouve et dans une société en ébullition sur le point d’exploser contre cet ordre étouffant.
Déjà réalisateur de plusieurs films ("Le diable n’existe pas", "Un homme intègre") qui jouaient avec les limites de ce que la censure iranienne était capable d’accepter, Mohammad Rasoulof a tourné ce film en les transgressant sciemment. Il filme des femmes femmes en cheveux. Plus grave : il entrecoupe son récit de videos diffusées sur les réseaux sociaux qui attestent des violences policières commises contre les manifestantes du mouvement « Femme, Vie, Liberté » Après avoir été emprisonné à plusieurs reprises, il quitte définitivement l’Iran à l’annonce d’une nouvelle condamnation à huit ans de prison en mai 2024 et s’exile en Allemagne.
Ce courage admirable est à lui seul digne d’éloges. Les réalisateurs qui ont accepté de risquer leur vie pour leur art sont suffisamment rares pour mériter notre respect. Cet engagement tient pour beaucoup dans ma critique élogieuse comme il explique sans doute en large partie le Prix spécial du jury qui lui a été décerné à Cannes. Mais il ne suffit pas. Un réalisateur courageux, aussi admirable soit-il n’est pas ipso facto un bon réalisateur.
Or "Les Graines…" est un grand film. Sa durée – 2h46 – peut intimider. Pourtant elle est supportable et surtout nécessaire au déroulement d’un récit qui, après un long huis clos dans l’appartement familial à Téhéran, prend le large pour une petite bourgade isolée à la campagne où le film dans son dernier quart prend des allures de thriller sinon de western.
"Les Graines…" est un grand film car l’histoire qu’il raconte est complexe et pleine de rebondissements, qui fait notamment intervenir une amie de Rezvan, éborgnée par la police, et où l’arme de service d’Iman mystérieusement disparue va jouer un rôle central. "Les Graines…" est un grand film parce que ses personnages ne sont pas monolithiques. Iman n’est pas seulement un bureaucrate, complice borné de la cruauté du régime. Najmeh n’est pas seulement une épouse aimante, aveuglément dévouée à son mari. Leurs deux filles ne se réduisent pas à la caricature d’une jeunesse remuante qui étouffe sous la chappe de plomb imposée par le régime. Comme chez Renoir, les personnages sont complexes et chacun a ses raisons.
"Les Graines..." est un film qui nous élève. Il faut aller le voir. Pour rendre hommage au peuple iranien opprimé, au courage de ses manifestantes et de ses réalisateurs qui défient la censure. Mais il faut aller le voir surtout pour une raison simple : "Les Graines…" est un…..