Le scénario manque de profondeur, enchaînant une mauvaise compilation de lieux communs vus et revus dans des précédents films.
Cécile s’est extirpée de son milieu social, un relais routier en bordure d’autoroute (genre Comme un chef avec Michaël Youn) de rase campagne tenu par ses parents qui ne s’entendent pas, et s’apprête à ouvrir un restaurant gastronomique (style La passion de Dodin Bouffant) avec son compagnon, Sofiane, après avoir gagné un concours de cuisine télévisé. Elle est enceinte, mais personne ne le sait.
Elle apprend que son père a fait un infarctus, et retourne donc quelques jours chez ses parents, qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Son père marche avec une canne et peut difficilement cuisiner, tandis que sa mère fait le service tant bien que mal. Cécile donne un coup de main en cuisine, mais son père l’assène de remarques concernant ses propos lors ce fameux concours de cuisine, où elle renie son milieu social, alors qu’elle l’implore de fermer son restaurant pour préserver sa santé, et cela pourrait aussi permettre à sa mère de réaliser ses propres projets. Il comprend par ailleurs le premier qu’elle est enceinte.
Le décor familial est planté avec des gros sabots.
Le lendemain, à une fête d’après-midi, elle croise Raphaël, son amour de jeunesse, qu’elle n’a semble-t-il pas revu depuis. Il est toujours resté sur place, devenu garagiste, s’habille en jogging, fait de la moto. Il la convie à une fête le soir, où elle se rend finalement après avoir repoussé son départ pour Paris et aidé son père à cuisiner un boeuf bourguignon. Puis, le lendemain, il la convie à une course de moto, à laquelle il participe, et elle découvre qu’il est marié et père d’un enfant, ce qui achève de lui miner le moral et elle se met une cuite avec des routiers près du restaurant.
Le décor amoureux est planté aussi bien.
Puis Sofiane, inquiet de ne pas voir rentrée sa compagne, se pointe à l’improviste au relais routier et il la découvre en gdb, mood mauvaise humeur, et apprend au passage par une gaffe de son père que Cécile est enceinte. Le soir, ils sortent en boîte avec toute la bande, et Sofiane sentant que Raphaël drague Cécile lui prononce une jeune mandale en pleine face, et avoue à Cécile qu’il est au courant pour le bébé, et elle lui indique de rentrer à Paris, et il s’exécute.
Les péripéties sous grosses ficelles.
Le lendemain soir, Raphaël envoie des petits cailloux au carreau de Cécile, et ils vont sur le lieu de leur dernière rencontre 20 ans avant, à la patinoire et se remémore ce moment. Ils s’embrassent, mais elle pense qu’elle fait une fausse couche, alors Raphaël l’emmène voir sa propre femme, qui est sage-femme, et la grossesse est sous contrôle (il faut comprendre : malgré les cuites et les clopes). Elle rentre et laisse un message de réconciliation à Sofiane. Le lendemain, en repartant pour Paris avec une camionneuse, elle croise Raphaël réalisant des stunts sur le bord de la route. Ils se sourient, mais il change de route en faisant un signe de la main. On ne sait pas si elle va garder l’enfant, mais sans doute que oui…
Les personnages sonnent un peu creux également, prisonnier de ce scénario pas malin, et les oppositions sont trop verrouillées, alors qu’on aurait pu imaginer une synthèse plus intéressante. C’est dommage, on a du mauvais Nicolas Mathieu et Alex Lutz avait déjà réussi à le faire…
Par ailleurs, j’ai bien aimé la mise en scène et la photographie, qui donnent un vrai cachet au film, et les interludes musicales insérées comme une comédie musicale sont aussi particulièrement bien pour rythmer et séquencer le film, positionner les personnages dans le temps, d’autant plus que le son et la voix de Juliette Armanet sont envoûtants.