Qui est le film ?
Partir un jour est le premier long-métrage d’Amélie Bonnin, cinéaste déjà remarquée pour ses courts sensibles. Présenté en ouverture du Festival de Cannes 2025, le film s’inscrit dans une tradition française où la comédie romantique flirte avec la chanson, mais il le fait en déplaçant ses codes. L’intrigue suit Cécile, cheffe parisienne enceinte, qui retourne dans son village natal après l’infarctus de son père. Ce retour force la confrontation avec un amour de jeunesse, Raphaël, et avec des racines qu’elle avait laissé derrière.
Que cherche-t-il à dire ?
Le projet d’Amélie Bonnin dépasse le simple canevas sentimental. Elle cherche à sonder les couches qui composent une identité (familiale, culinaire, amoureuse) et la manière dont elles se heurtent à l’exigence contemporaine d’émancipation. Ce que le film met en tension, c’est la promesse du présent (Cécile, cheffe parisienne, femme accomplie, future mère) et la force du passé (la cuisine familiale, l’amour ancien, la mémoire des lieux).
Par quels moyens ?
Ici, pas de grands numéros chorégraphiés, mais des chansons qui surgissent dans des moments ordinaires au détour d’une cuisine, d’une promenade, d’un repas. Cette intégration organique fait de la musique non un spectacle, mais une confidence.
Cécile incarne une gastronomie moderne, inventive, tournée vers la création, tandis que son père et le restaurant familial défendent une cuisine enracinée et conviviale. Cette opposition culinaire est le cœur d’une réflexion sur la transmission et la rupture, sur ce que l’on choisit de garder et ce que l’on sacrifie pour se construire.
Juliette Armanet, qui porte pour la première fois un rôle principal au cinéma, apporte sa voix et son énergie mélancolique à Cécile. Bastien Bouillon, en Raphaël, propose la contrepartie enracinée, une présence qui dit la fidélité au passé. Leur alchimie repose à la fois sur l’élan et sur l’impossible retour, la tendresse et la distance.
La bande-son évite le spectaculaire pour privilégier des arrangements sobres. Le spectateur a l’impression que la chanson jaillit à mi-voix,. Cet effacement musical rend les éclats d’autant plus bouleversants.
Où me situer ?
Je suis touché par la délicatesse avec laquelle Amélie Bonnin manie des matériaux qui auraient pu sombrer dans le cliché. J’admire sa capacité à inscrire la musique dans la vie sans fétichiser la performance, à faire d’un corps enceint un véritable espace dramaturgique, à filmer le village sans tomber dans l’exotisme provincial. Mais je regrette que certaines scènes cèdent parfois à la facilité explicative, comme si le film craignait que le spectateur ne comprenne pas certains ressorts. Ces moments affaiblissent légèrement l’économie du non-dit, qui est pourtant sa force.
Quelle lecture en tirer ?
À travers la chanson, la cuisine, les corps, le film fait sentir la porosité de nos identités, toujours traversées par ce qui nous précède. Amélie Bonnin nous rappelle que nos racines ne sont ni des prisons ni des refuges absolus, mais des forces avec lesquelles il faut composer.