La broyeuse sociale
C'est bien plus qu'un fait divers, c'est d'un véritable scandale national, aux Pays-Bas, dont s'est inspiré Stijn Bouma pour tourner d'abord un moyen-métrage documentaire, avant de reprendre le sujet pour un film de fiction intitulé The Hunt of Meral Ö. Et puis, un film qui nous vient des Pays-Bas, c’est denrée rare. Meral, une mère célibataire Néerlandaise d’origine turque, est accusée à tort de fraude fiscale et contrainte de rembourser 34 000 euros d’allocations familiales. Prise dans un engrenage administratif redoutable et traquée sans relâche par un enquêteur social, Meral va prendre une décision radicale pour sauver sa famille. 90 minutes à vous flanquer la nausée. Mais on peut se poser la question de savoir ce que Ken Loach ou les Frères Dardenne auraient pu faire de ce sujet brûlant.
On ne peut que trépigner et s'indigner devant le traitement reçu par une mère célibataire traquée par erreur (???) par l'administration fiscale néerlandaise. Est-ce parce que la contribuable en question est d'origine turque, la question peut se poser car, bizarrement, le public visé indûment par le fisc était, dans la réalité de la majorité des cas, issue de l'immigration. Du racisme larvé, le film n'insiste pas outre mesure sur cette éventualité mais la chose semble particulièrement avérée. Le scénario fait ouvertement référence à ce scandale politique qui s’est développé progressivement à partir de 2010 lorsque le gouvernement néerlandais, alors dirigé par Mark Rutte, - extrême droite -, a commencé à durcir drastiquement le contrôle des prestations sociales, notamment celles destinées aux familles avec des enfants, les frais de garde étant très onéreux aux Pays-Bas. Face aux pressions de l’opinion et aux révélations de la presse, ledit gouvernement a finalement dû mettre un terme à ces pratiques et a présenté sa démission collective. Ce film se tourne résolument vers le thriller social, choix justifié par la paranoïa ressentie par l’héroïne. Certes, la mise en scène n’est pas tout à fait à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer, mais le sujet à lui seul vaut le détour par ce drame qui plus est, porté par une formidable actrice…
… Dilan Yurdakul, qui est de chaque image avec une force de persuasion et un talent indéniables. Une découverte. Pour un 1er film, c’est une véritable performance. Elle est fort bien entourée par une distribution locale dont les noms ne nous parleraient pas beaucoup. Encore un de ces films qualifiés de inspiré de faits réels, qui fait trembler et n’augure rien de bon pour notre propre pays si, d’aventure, certain parti arrivait au pouvoir. Bref, encore un brûlot qu’il faut avoir vu.