Daniel Burman, réalisateur argentin reconnu (notamment pour Le Fils d’Elias), a conçu Transmitzvah comme un film miroir, où il explore des thématiques qui l’accompagnent depuis longtemps : la famille, l’identité, les traditions juives et leur relecture contemporaine. Ici, il pousse plus loin en mêlant la question du genre à celle de la spiritualité.
Ce n’est pas un hasard si le personnage principal renoue avec sa famille à travers un rite religieux réinterprété : la Trans-Mitzvah, sorte de Bar Mitzvah queer et tardive.
Même si la production est soutenue par The Mediapro Studio (groupe international), Burman a tenu à tourner en Argentine, dans des lieux chargés d’histoire pour la communauté juive du pays. Le tournage a intégré des membres de la communauté locale, notamment dans les scènes rituelles et musicales, afin d’apporter une vraie texture culturelle.
Transmitzvah a été présenté au Cinéma de la plage au Festival de Cannes 2024.
Penélope Guerrero, actrice trans espagnole, est déjà connue pour ses engagements militants et ses rôles dans des séries comme Sky Rojo ou Nacho. Mais Transmitzvah est son premier grand rôle au cinéma, et Burman l’a choisie non seulement pour son talent, mais aussi pour sa sincérité et sa force intérieure.
Le personnage de Mumy Singer lui permet de jouer une version sublimée de son propre parcours : une femme trans, chanteuse, qui revient dans sa famille pour affronter les souvenirs, les traditions et se réconcilier avec elle-même.
Mumy étant une chanteuse, plusieurs scènes sont des moments musicaux à part entière, entre cabaret queer, liturgie détournée, et performances plus intimes. Burman a voulu que chaque chanson reflète une étape intérieure du personnage : confrontation au passé, désir de renaissance, joie retrouvée.
Les influences musicales vont de la musique klezmer aux rythmes électro-pop en passant par des ballades acoustiques, ce qui donne au film une ambiance très vivante, parfois mélancolique, parfois euphorique.
La styliste Roberta Pesci et le directeur artistique Daniel Gimelberg ont créé un univers visuel riche en symboles et contrastes. Les costumes de Mumy oscillent entre robes glamour, inspirations folkloriques juives et éléments modernes, pour montrer visuellement sa reconstruction identitaire.
Les décors, eux, sont pensés comme des espaces mentaux autant que physiques. La maison familiale, par exemple, est restée figée dans le temps, pleine de souvenirs non résolus, tandis que les scènes musicales éclatent dans des décors plus oniriques ou festifs.