Il y a dix ans, ils faisaient des vidéos YouTube fauchées entre potes fans de Mortal Kombat. Aujourd’hui, les frères Philippou confirment qu’ils ne sont plus seulement des enfants d’internet, mais bien les nouveaux rois de l’horreur viscérale.
Après Talk to Me (La Main), véritable coup de poing mortifère, Bring Her Back creuse encore plus profondément la question du deuil, avec une mise en scène suffocante et une intensité émotionnelle rarement atteinte dans le genre. Là où Talk to Me flirtait avec la dépendance à la mort comme un jeu interdit, Bring Her Back s'y confronte de front, sans échappatoire.
Mais attention : ce n’est pas vraiment un film d’horreur classique. Il s’agit plutôt d’une véritable exploration de personnages, traversée par des éléments horrifiques puissants. Le surnaturel et la violence y servent avant tout à creuser le trauma, la culpabilité et le refus de lâcher prise. L’horreur n’est pas là pour faire sursauter, elle est là pour rendre palpable la souffrance psychologique.
Et que dire de Sally Hawkins, absolument diabolique de justesse : elle arrive à être profondément détestable dans certaines scènes, et pourtant, par instants, bouleversante d’humanité. Une performance ambiguë, complexe, qui ancre le film dans une réalité émotionnelle troublante.
Billy Barratt, lui, est une vraie surprise : très sympathique dans son rôle d’Oliver, il apporte une justesse touchante à ce personnage perdu entre chagrin et terreur. Une interprétation simple, mais très humaine.
Mention spéciale aussi à Sora Wong, révélation totale, qui incarne Piper, jeune aveugle au cœur du film, avec une puissance émotionnelle incroyable. Son personnage, loin du cliché, est un vrai moteur narratif, symbole d’une génération qu’on tente de manipuler mais qui veut voir autrement.
La composition originale est vraiment fun et audacieuse, parfois surprenante dans un tel contexte, mais elle apporte une vraie couleur au film.
Cela dit, je dois être honnête : l’atmosphère vendue comme un croisement entre [REC] et The Ring débouche finalement sur un film plus classique qu’attendu, avec une touche de gore. Les effets pratiques sont vraiment cool, et bien utilisés, mais j’ai été un peu déçu de ne pas retrouver plus de plans ambitieux, comme ceux qu’on voyait dans la bande-annonce, qui était super prometteuse. Dommage qu’il n’y en ait pas davantage dans le montage final.
Et puis… la fin est assez décevante. On sent qu’il y a un petit build-up émotionnel, mais il n’est pas assez solide pour justifier la réaction d’un personnage en particulier. C’est presque du niveau "Save Martha" dans Batman v Superman. Franchement, j’ai eu la même réaction en salle : un peu d’incompréhension et de gêne. Ça manque d’épaisseur émotionnelle pour être crédible, et ça rend le dénouement un peu forcé.
Oui, le film flirte parfois avec une certaine prévisibilité, mais il reste d’une richesse thématique rare. Le deuil, l’illusion, l’obsession, la perte : tout est là, entre VHS nostalgiques, personnages brisés et rituels psychologiques.
Si Talk to Me était une promesse, Bring Her Back en est la confirmation. Et si le troisième film des Philippou est du même calibre… on tiendra une trilogie aussi marquante qu’Hereditary, The Babadook ou It Follows. En vrai , c'est vraiment pour des fans du studio A24 genre très lent , qui explore au maximum au sujet que des fans d'horreur qui veulent leur adrédaline de Jumpscare.
Le cauchemar de l’année ? Peut-être bien.
喝 Pas un pur film d’horreur, mais une plongée mentale.
Hawkins ? Magistrale.
Barratt ? Attachant.
️ Wong ? Révélation.
Effets pratiques ? Très satisfaisants.
Musique ? Fun, originale, inattendue.
Moins inventif visuellement que prévu.
Fin un peu trop "Martha !", et ça se sent…