Vicérale et brutale, cette nouvelle adaptation de Robin nous interroge sur l'héritage et le langage, les mots et les récits qui sont vécus, puis racontés pour forger des croyances qui se répercuteront à travers le temps.
Il ne s'agit pas tellement d'une relecture, ou d'établir une vérité sur Robin qui manipule et se dissimule, mais de dépeindre la noirceur d'une époque, où la justice et l'héroïsme n'étaient pas acquis, pas établis, et où la survie était primordiale dans un monde sans pitié et sans piété, où être gentil ne permettait pas de survivre.
Cette recontextualisation permet de ne pas opposer les différentes versions du mythe, mais de montrer une évolution empirique, recouvert couche après couche par successions d'interprétations et de réappropriations, mais aussi par nécessité de changer les mentalités. Une identité dictée par la violence et la vengeance, basculant ici vers la compréhension, la transmission et l'éducation, afin de briser les cycles de répétition.
Tout comme les Disney ont readapté d'anciens contes en objets d'éveil et de merveille, en transformant de l'intérieur le pessimisme en optimisme, le vice en vertu, la nature en culture, à l'image du film et du visuel qui évolue, passant d'un état cruel et organique, à celui de spirituel et symbolique.
L'espoir de changer l'histoire, l'art comme moteur d'inspiration et d'aspiration à dépasser sa propre condition, agir et vivre pour quelque chose qui nous dépasse, et montrant que le courage et la bravoure ne consistent pas à se masquer, mais à se révéler, ne cherchant plus l'invincibilité, mais à affronter sa propre vérité.
D'un autre côté, malgré cette ambiance crépusculaire et sanguinaire, le film se divise en deux parties assez inégales : autant la première peut surprendre en montrant ce criminel sans foi ni loi, autant la deuxième est banalisée par ce long chemin, trop classique, de la rédemption et du pardon. Quand on voit cet homme hanté par le passé, ses péchés, son corps usé, blessé, rempli de cicatrices, on se dit que l'auteur voulait aussi interroger le mythe du Christ lui-même, par ce même prisme de la déconstruction de ce qui est idéalisé, divinisé.
Ça aurait été assez incroyable si le film avait osé maintenir la noirceur de l'individu jusqu'au bout, mais cette deuxième partie fait surtout écho au film de 1976. Et un peu dans la même veine que des films comme Le Dernier Duel ou The Northman, on cherche à démystifier les grandes épopées historiques et héroïques qui sont l'apanage de la toxicité masculine. C'est dans le courant de l'actualité, de ce qui est dans l'air du temps que l'on invoque dans la barbarie le choc volontaire du spectateur, confronté à la froideur des hommes, par opposition à la douceur et la candeur des femmes. C'est désormais elles qui portent la noblesse du cœur et des valeurs, la voie et la voix qu'il faudrait suivre, mais qui sont ignorées, pas écoutées, et représentent pour l'homme la culpabilité, la fragilité et la responsabilité qu'il a toujours fuis.
Deux parties qui se font écho dans un jeu de miroir entre l'animal et le brutal, la morale et le verbal, l'enfer et le paradis, le physique et le psychique, c'est le monde des hommes et celui des femmes, toutes ces histoires pour asservir, autant qu'elles peuvent guérir. Si l'homme utilise la poésie, la rime et l'humour pour traiter ces récits, en édulcorant la laideur de ses actes, alors la femme a la capacité de filtrer l'illusion, de lire entre les lignes pour reformer la réalité, et de confronter l'homme à la monstrosité de sa propre légende.
Un propos qui devient d'autant plus pertinent lorsqu'il invoque les figures modernes des réseaux sociaux, des hommes de pouvoir, de leur statut ou de leur position sociale, l'influenceur, le gourou de notre ère qui invente, réoriente, un guide de réconfort, c'est la notoriété des icônes artistiques et médiatiques qui conduit à l'auto-mythification, forme de propagande, de désinformation de masse, jouant sur l'addiction collective à des idoles idéalisées. Que resteraient-ils des hommes sans la splendeur et la grandeur de leur légende ?!
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