Présenté en 2024 dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes, "The shameless" est un film tourné en hindi qui, sans jamais verser dans un sordide racoleur, nous plonge dans une réalité particulièrement glauque de l’Inde contemporaine, celle de la prostitution, et qui a été réalisé par un … bulgare, Konstantin Bojanov, dont on avait apprécié "Avé", son premier film, il y a 13 ans et que, depuis, on avait perdu de vue. On sent que le réalisateur a beaucoup travaillé sur son sujet et qu’il a su s’entourer de très bons conseillers. Renuka, son personnage principal, est une femme attachante, dont on n’a pas de mal à comprendre les raisons du côté abrupt de son comportement, une femme qui n’a pas froid aux yeux, une femme indépendante qui, financièrement, a besoin des hommes mais qui aimerait bien en être débarrassée. Tout au long du film, Konstantin Bojanov fait très souvent appel à des ellipses, ce qui n’est pas sans poser de temps à autre quelques menus problèmes de compréhension. A côté de la prostitution, son sujet principal, il se frotte à la perception de l’homosexualité en Inde et aux interdits imposés aux femmes et, de façon moins appuyée, à la dépendance à la drogue, à la corruption policière, à la situation politique et au rejet des musulmans par de nombreux indiens. Tout cela donne un film qui tient à la fois du film social et du polar, un film qui, par ailleurs, donne une image très fidèle de cet immense pays qu’est l’Inde, un pays à la fois très dur et très riche en couleurs. La face dure est particulièrement bien représentée par le personnage de Renuka, dont l’interprète, Anasuya Sengupta, a obtenu l’an dernier le Prix d’interprétation féminine de la sélection Un Certain Regard. Concernant la couleur, le Directeur de la photographie, le suisse Gabriel Lobos a su en tirer la substantifique moelle, même dans les scènes d’intérieur, même dans les scènes nocturnes, nombreuses dans le film. Il y en a plus sur le site que Allociné refuse dorénavant d'afficher !