Le Million est le deuxième long-métrage de Grégoire Vigneron, après Sans laisser de traces sorti en 2010. Entre-temps, il a surtout travaillé comme scénariste, notamment aux côtés de son ami Laurent Tirard (Molière, Le Retour du héros). Le cinéaste se rappelle : "Un ami réalisateur m’a appelé un jour en me proposant d’écrire avec lui une comédie, un buddy-movie, pour un acteur avec lequel il avait fait plusieurs films."
"Il m’a dit : 'c’est toi qui réalise parce que moi, personne ne m’attend en comédie'. Le sujet, c’était deux types la nuit dans Paris, c’était tout. Le film s’est finalement monté autrement mais j’ai gardé le sujet, et je l’ai développé avec Julie Ponsonnet, ma co-scénariste : 2 types ont la nuit pour remettre un million d’euros dans un coffre."
"On a bien avancé le scénario, puis je l’ai terminé avec ma seconde co-scénariste, Isabelle Jaquet. J’essayais de monter le film depuis quelques temps quand Olivier Delbosc en a entendu parler. On se connaissait de longue date, du temps des films de Laurent Tirard, qu’il produisait avec Fidélité. Il a fait lire le scénario à Christian Clavier. Un samedi matin, Clavier m’a appelé. Il voulait faire le film."
Christian Clavier venait de tourner avec Rayane Bensetti et a soufflé son nom à Grégoire Vigneron. Le réalisateur l’a ensuite rencontré et a été convaincu par son charisme et son énergie. Ce rôle marque un tournant pour Bensetti : fini l’image de jeune premier comique, il incarne ici un homme mûr, ingénieur ambitieux et père de famille.
Christian Clavier interprète non seulement Hippolyte le serrurier, mais aussi… Sa propre mère ! Pour cette prouesse, l’équipe n’a pas choisi le déguisement traditionnel façon Père Noël est une ordure, mais a eu recours à l’intelligence artificielle. Résultat : un personnage hybride créé à partir de Clavier et de l’actrice Maria Verdi, donnant vie à une "actrice virtuelle" inédit. L'acteur précise :
"Grâce à cela, on touche à la modernité du cinéma d’aujourd’hui. Je sais que les gens qui ont vu la bande-annonce pensent que je me suis grimé pour ce personnage mais c’est la machine qui a tout fait ! Je n’ai plus eu qu’à poser ma voix au doublage."
La musique du compositeur Sylvain Goldberg a orienté l’esthétique du film vers une tonalité proche de Ocean’s Eleven. Cette touche « pop et élégante » donne du style à un récit qui mêle comédie, effraction et tension nocturne. Vigneron voulait un thriller comique lumineux et rythmé, qui évite la noirceur tout en gardant la tension :
Le récit se déroulant sur une seule nuit, l’équipe a dû multiplier les tournages nocturnes, souvent complexes. Le Million incluait aussi des cascades, des effets spéciaux et un important casting. Christian Clavier rappelle que chaque minute comptait sur le plateau, avec une rigueur proche de celle d’une troupe de théâtre. Le tournage a donc été une véritable course contre la montre, à l’image de l’histoire du film.
Le rôle de Richard, patron de BTP cynique et manipulateur, a été confié à Gilles Cohen. Vigneron le connaît depuis leurs années au Cours Florent (où Cohen était metteur en scène et lui acteur). Ce lien ancien a nourri leur collaboration. À l’écran, Cohen apporte son charisme froid et inquiétant, renforcé par sa voix grave et son regard perçant. Le réalisateur explique qu’il fallait un antagoniste crédible, presque effrayant, capable d’avoir l’ascendant sur Stan (Rayane Bensetti).
Hors caméra, Cohen est pourtant décrit comme sensible et attentionné, à l’opposé de son personnage. Il a longuement travaillé ses scènes pour faire de Richard un méchant moderne, incarnation du cynisme et de l’avidité liés au monde des affaires