LE CŒUR QUI BAT de Vincent Delerm
Vincent Delerm fait à la chanson une infidélité pour livrer un film documentaire sur le sentiment amoureux.
Le chanteur, derrière son objectif pour la seconde fois, s’y affranchit de toutes les règles qui viendraient le contraindre. Il livre des bribes de souvenirs autobiographiques qui ont fait battre son cœur à différents moments de sa vie, avec à l’image des documents d’époque. On l’aperçoit petit garçon, adolescent, puis adulte, et avec sa compagne, ou encore offrant à l’image ses fils en plan fixe, ou ses parents qui marchent tous les deux vers la forêt, en tournant le dos à la caméra.
Mathilde qui faisait battre son cœur à l’âge des cochons pendus se trouve dans la salle, le siège juste devant moi. En se voyant à l’écran, elle frémit, sa compagne réconfortante, lui prend la main. Dominic A est lui aussi présent. Chez lui, c'est l’inquiétude procurée par l’amour, qui reste dans son répertoire un thème récurrent.
Le film débute avec la fillette aux grandes couettes blondes. Bien qu’elle coure partout, Vincent Delerm a tout de même pu la rattraper 30 années plus tard. Il l’interroge alors dans sa cuisine sur son rapport à l’amour. Devant lui, elle se livre.
D’autres suivront en alternance des moments intimes de Delerm, des adolescents, des adultes, une jeune actrice très émouvante, un danseur de breakdance aperçu dans « En Corps », à ce très vieux monsieur de 96 ans. Nous reconnaissons au travers des rides le visage de Serges Rezvani.
Si tous se livrent face à la caméra sur ce qui a fait ou ferait battre son cœur, c’est le plan fixe du célèbre vieillard qui est le plus déchirant. Il parle de celle qui arriva dans sa vie avant ses 20 ans, c’était immédiat et il savait que c’était pour toujours. Elle sera au centre de son travail artistique et de sa vie tout entière.
Le film n’a pas toujours beaucoup de cohérence, il est étrange, mais sa matière sensible créait une émotion singulière.
« Le cœur qui bat » ne sortira pas en salles, il est programmé en séance unique, et en présence de Vincent Delerm. Le chanteur accompagne son film, comme un parent le ferait avec son petit. Il est là pour répondre de ses choix. Sa facilité d’élocution à intellectualiser le sensible avec beaucoup d’humour donne de la profondeur à son film et le prolonge, l’étire bien après le générique de fin, en pleine harmonie avec la salle.
Le Coeur qui bat (France – 1h08) de Vincent Delerm et avec Vincent Delerm et ses proches, des artistes (Serge Rezvani, Dominic A, Suzanne Lindon, Léo Walk), des gens