Pillion est un film troublant, déroutant et profondément touchant à la fois. Beau et triste, il explore avec une grande justesse la quête de l’amour et la volonté (ou l’incapacité) de s’en détacher. Au fond, peu importent les goûts, les fétiches ou les dynamiques sexuelles affichées : ce qui compte vraiment, c’est ce qu’on est prêt à accepter, à endurer ou à sacrifier pour l’autre… et surtout pour soi-même.
Ici, la relation est toxique par essence, non pas à cause d’une violence gratuite, mais parce que les deux personnages ne désirent jamais vraiment la même chose au même moment. L’un cherche le contrôle absolu et le détachement émotionnel, l’autre une appartenance, une soumission qui comble un vide. Ce décalage crée une tension permanente, parfois cruelle, souvent poignante.
Le film touche juste sur ces thèmes de dépendance affective et de découverte de soi à travers l’autre, mais il reste un peu en surface sur le plan stylistique. Le réalisateur aurait pu aller plus loin dans la mise en scène, dans l’audace visuelle ou dans l’exploration des zones d’ombre pour transcender le matériau de base. Au final, ça ne creuse pas autant qu’on pourrait l’espérer, même si l’émotion passe malgré tout, grâce surtout à l’alchimie et à la justesse des deux acteurs principaux.
Harry Melling apporte une vulnérabilité nuancée et presque déchirante, tandis qu’Alexander Skarsgård impose une présence froide et magnétique à la fois. Leur jeu tout en retenue et en intensité compense largement les quelques limites du scénario.
L’image est soignée, souvent belle (les plans sur la moto, les corps, la lumière crue), la musique accompagne sans jamais surligner, et l’ensemble dégage une atmosphère à la fois sensuelle et mélancolique. C’est un bon moment de cinéma, parfois même complaisant dans sa dureté, sa tristesse, mais jamais désagréable. Pas excellent, pas révolutionnaire, mais sincère et marquant pour qui accepte de se laisser troubler. Mon petit cœur tendre s’est laissé prendre, et j’ai versé ma larme.