Qui est le film ?
Troisième long-métrage de l’australien Sean Byrne, Dangerous Animals débarque après deux œuvres déjà marquées par la violence et les figures de contrôle (la teen sadique de The Loved Ones, le peintre possédé de The Devil’s Candy).
Cette fois, changement de décor : un bateau, de l’eau partout, une surfeuse kidnappée. On pense forcément à Jaws, Open Water, Triangle ou même à une pub Red Bull qui tournerait mal. Mais très vite, le film fait comprendre qu’il n’est pas là uniquement pour les dents qui claquent ni pour les giclées de sang dans l’écume. Il veut parler d’autre chose. Du prédateur, oui mais pas celui qu’on croit.
Que cherche-t-il à dire ?
Le film s’ouvre comme un survival mais n'en reste pas à son postulat. Ici, le danger ne vient pas des requins, mais de l’homme qui les admire un peu trop. Tucker, le kidnappeur, parle aux squales comme d’autres parlent à Dieu. Zephyr, la jeune femme qu’il retient captive sur son bateau, devient alors l’héroïne d’un rituel sacrifié, avec le Pacifique pour cathédrale.
Sean Byrne cherche à retourner les codes du genre : faire d’un film de chasse une critique de la chasse elle-même, et d’un film de survie une réflexion sur le pouvoir, le regard et la violence. L’idée est bonne. Elle flotte même assez haut. Parfois un peu trop haut.
Par quels moyens ?
Le bateau, quasi-unique décor du film, devient vite une cage flottante. L’un des plans les plus réussis montre Zephyr, ligotée, filmée de haut, perdue dans l’océan avec des requins en contrebas.
Tucker, face caméra, parle à ses amis les requins comme un gourou parlerait à ses disciples. L’idée est forte, mais le moment manque d’impact. Pourquoi ? Parce que la musique n’ose rien. Ni tension rampante, ni dissonance. Elle suit le ton, elle ne le guide jamais. C’est un peu comme si quelqu’un vous racontait une histoire d’horreur en chuchotant… dans une bibliothèque.
De manière générale, Dangerous Animals n’ose pas assez sensoriellement. On voudrait que les sons du bateau crissent, que l’eau gronde, que les respirations s’emballent, que l'on entende certains mouvements de la neige des requins. Mais le film reste souvent trop sage.
L’insertion d’images réelles de requins est un geste intelligent. Cela donne au film une texture brute, un ancrage dans le réel. Mais Byrne les utilise avec trop de parcimonie. Les squales, censés incarner le danger suprême, finissent relégués au second plan, un comble pour un film qui leur donne le titre.
Où me situer ?
Entre frustration et fascination. Byrne a du talent, ça se sent. Il construit ses personnages avec soin, propose un regard qui évite le piège de la posture. Zephyr n’est jamais fétichisée, jamais réduite à une victime passive. Et ça, c’est précieux. Mais on sent aussi un film qui se retient. Qui veut faire genre, mais n’ose pas le genre. Qui frôle la violence sans y plonger. On reste à la surface, là où ça aurait pu devenir étouffant, poisseux, viscéral, grotesque ou burlesque. Et dans un film qui parle de morsure, cette retenue devient un aveu : peut-être Byrne ne veut-il pas totalement assumer la brutalité de son propre dispositif.
Quelle lecture en tirer ?
Dangerous Animals est un film qui pense son sujet, mais qui peine parfois à le sentir. Il sait que la peur n’est pas toujours où on l’attend. Il sait que les corps féminins ne sont pas là pour être punis, mais pour résister. Il sait que les monstres sont souvent humains, et que le véritable requin porte un nom, une voix, un passé. Mais dans sa volonté de déconstruire, il oublie parfois de construire pleinement une tension rythmique, une jouissance formelle, une horreur sensorielle. C’est un film intelligent, divertissant et parfois jouissif mais un peu trop poli. Comme s’il craignait, in fine, d’être mangé par le monstre qu’il avait lui-même inventé.