Sean Byrne, avec Dangerous Animals, propose une revisite du genre horrifique en fusionnant le thriller psychologique et le film de requins. Le film met en scène Tucker (Jai Courtney), un tueur en série obsédé par les requins, qui utilise ces créatures comme instruments de sa cruauté. Ce choix interroge la nature de la prédation : si le requin est traditionnellement perçu comme le prédateur ultime, ici, l'homme s'en empare pour en faire un outil de domination et de terreur.
Zephyr (Hassie Harrison), surfeuse indépendante, incarne l'instinct de survie dans sa forme la plus brute. Son combat pour échapper à son ravisseur souligne la résilience humaine face à une menace implacable. Toutefois, cette dynamique est parfois caricaturale, notamment dans les scènes où la protagoniste semble dotée de capacités musculo-squeletiques surnaturelles. Cette surenchère, bien que renforçant l'intensité dramatique, pourrait nuire à la crédibilité du récit au regard de certains spectateurs.
De la même façon, la figure de la « final girl » remplit son rôle sans être déstabilisée : sa force contraste avec l’animalité ambiante, sans pour autant bouleverser le modèle attendu. La projection conjointe avec Les Dents de la Mer lors de cette séance « méga-frissons » au Mégarama, pour le cinquantième anniversaire du film de Spielberg, a révélé l’évolution du genre. En effet, le contexte de sortie des deux films est radicalement différent. En 1975, Les Dents de la Mer représentait un exploit narratif et technique, fondé sur la suggestion et un suspense progressif, en phase avec les attentes de l’époque. Dangerous Animals, au contraire, s’inscrit dans un cinéma contemporain où la violence explicite et les effets spectaculaires sont la norme, privilégiant un divertissement immédiat, parfois « banal ». Byrne choisit une violence frontale dès le début, déplaçant la peur animale vers une menace humaine, traduisant ainsi l’évolution des codes de l’horreur contemporaine.
Dangerous Animals fonctionne comme un survival-horror viscéral, efficace dans sa mécanique, avec des choix formels maîtrisés et des interprètes engagés. Il ne prétend pas inventer le genre et multiplie les clins d’œil, parfois clichés, à ses ancêtres cinématographiques. Ici, Byrne interroge la nature de la prédation et de l'instinct de survie, il le fait parfois au détriment de la nuance et de la subtilité, mais avec talent.