Film posthume
Il s’agit du dernier film de Laurent Cantet - Palme d’or pour Entre les murs en 2008 -. Décédé en 2024 des suites d’une maladie, il l’a co-écrit avec son ami et collaborateur de longue date, Robin Campillo – 120 battements par minute -. Ne pouvant assurer la réalisation de cet ultime long-métrage en raison de son état de santé, Laurent Cantet a finalement demandé à son ami cinéaste de s’en occuper. Enzo, 16 ans, est apprenti maçon à La Ciotat. Pressé par son père qui le voyait faire des études supérieures, le jeune homme cherche à échapper au cadre confortable mais étouffant de la villa familiale. C’est sur les chantiers, au contact de Vlad, un collègue ukrainien, qu’Enzo va entrevoir un nouvel horizon. 102 minutes brûlantes mais souvent trop lentes qui s’appuient sur un scénario un peu convenu.
La boucle est bouclée. En 2000, dans Ressources humaines, son 1er film, Laurent Cantet évoquait déjà la problématique des transfuges de classe à travers son personnage de jeune diplômé d’école de commerce, stagiaire à la direction de l’usine où son père travaille comme ouvrier. 25 ans plus tard, dans son ultime long métrage, on retrouve la même thématique même si le trajet est inversé. Ecriture terminée, casting choisi, épuisé par son cancer, il va passer le relai à son ami Campillo qui, va bien sûr, y apporter sa touche personnelle. Ce drame reste malgré tout un magnifique hommage rendu à son ami de toujours. Malgré ses incontestables qualités, il manque un petit quelque chose – que j’avoue ne pas avoir identifié – pour que cet Enzo devienne un grand film. Avis très personnel qui ne doit en aucun cas vous empêcher de le voir.
Comme il l’a souvent fait, Laurent Cantet a souhaité travailler avec des comédiens confirmés et des non-professionnels, de manière à créer un rapport de classe entre les personnages. D’où le choix de Pierfrancesco Favino et Elodie Bouchez, absolument parfaits. Mais aussi de deux jeunes inconnus, Eloy Pohu, - une vraie révélation – et Maksym Slivintskyi. Le projet mêle les lignes : chronique d’un transfuge de classe à rebours, drame filial discret, et découverte d’un désir encore indéfinissable. Car, il y a de toute évidence deux sujets à ce film. Le social à la Cantet, et le sensoriel à la Campillo, qui ne s’intègrent jamais complètement. Une œuvre sincère mais imparfaite