Visiblement tiré d'une idée de film que Laurent Cantet n'eut pas le temps de mettre en scène, Robin Campillo lui rend hommage en réalisant " Enzo" (2025).
Peut-être faut-il voir de cette conception bicéphale les deux thèmes principaux abordés par le scénario, mais qui ( selon moi ) ont un peu de mal à s'emboîter l'un dans l'autre.
C'est d'abord de statut social dont il s'agit pendant la première heure. De son importance presque vitale qu'elle prend pour beaucoup. Le statut est renvoyé à la valeur que la société nous donne mais aussi à la valeur, l'estime que l'on s'attribue parfois à soi même. D'où le sentiment inconfortable du père enseignant universitaire qui ne comprend pas son fils apprenti en maçonnerie
Combien tu gagnes ? demande Enzo à sa mère. Autrement dit qu'elle valeur la société te donne. La scène du début entre le chef de chantier et les parents d'Enzo en disent long sur les réflexes de classe ( chemin neuronal de la soumission-réflexe dans le cas d'espèce ).
Jeux de rôles que Balzac avaient contés en son temps dans " la comédie humaine" miroir des hypocrisies sociales et des faux brevets en respectabilité que donne le statut.
Puis au bout d'une heure, le scénario change de pieds et apparaît ( peut-être) l'inspiration plus personnelle de Campillo.
Le cinéaste traite alors de manière un peu trop soudaine, pour ne pas nuire à la fluidité du récit, le thème de la naissance du désir homosexuel. Ce qui avait été traité précédemment est alors étonnamment et définitivement remisé au vestiaire.
" Enzo" perd alors de son originalité ( on a le sentiment d'avoir vu ce qu'on nous montre au moins deux dizaines de fois. Du moins en ce qui me concerne).
La première heure est formidable ( je pensais que j'allais voir un des meilleurs films français de l'année) puis " Enzo" décrante peu à peu jusqu'à perdre son élan. Dommage.
Ai vu « Enzo » film de Laurent Cantet (décédé pendant la mise en production du projet) et réalisé par Robin Campillo, qui a été projeté en Compétition Officielle lors du Festival de Cannes 2025. Film très subtil sur l’adolescence et ses tourments, ses contradictions, son mutisme, son mal-être. Enzo (première apparition à l’écran du jeune Eloy Pohu, très bien) vit à la Ciotat dans une sublime maison avec son père professeur (PierFrancesco Favino), sa mère ingénieure (Elodie Bouchez superlative et intense comme d’habitude) et son frère ainé qui entre au Lycée Henry IV à Paris. Enzo a de petites ambitions qu’il assume totalement, il veut être ouvrier en bâtiment au grand dam de son père. Mais que motive exactement ce choix de carrière ? Le film prend (un peu trop son temps) pour aborder le sujet principal. Enzo est de tous les plans et la mise en scène met très bien en relief ses désirs, ses doutes, ses indécisions, ses incertitudes, ses feux intérieurs. Les petits moments de rien sont souvent les plus justes et les plus émouvants. Tout l’intérêt de ce film est aussi le mélange des univers si personnels des deux réalisateurs. Nous retrouvons le monde du travail, du labeur, des injustices sociales de Laurent Cantet et le monde de l’adolescence avec sa violence rentrée, ses désirs irrépressibles, sa nonchalance déroutante et ses combats de Robin Campillo. Le pari est tout à fait réussi. Les dernières scènes valent à elles seules la raison d’aller voir ce long métrage qui aurai pu être plus resserré. spoiler: La guerre en Ukraine, le déclassement social, l’ambiguïté sexuellespoiler: forment l’essence du scénario qui se veut moins explicatif que contemplatif. Film tout en nuance dans une lumière solaire.
Déçue... J'avais très envie de voir ce film j'en attendais peut-être trop et surtout j'en savais trop, entre la bande annonce et les critiques presse, j'ai manqué le plaisir de la découverte. Je reconnais de très nombreuses qualités à ce film, l'histoire d'un transfuge de classe "à l'envers" est intéressante et plutôt bien interprétée, l'image est belle mais je n'ai presque jamais été émue ni même touchée. Je me suis un peu dit "pauvre petit garçon riche" spoiler: Et la découverte de l'homosexualité par un adolescent a déjà été bien mieux traitée
Ce film ne m'a pas transporté, il y a des longueurs, ça n'en fini pas, même si le thème est d'actualité sur le mal être d'un adolescent dans une famille riche...
C'est beau, c est solaire, c'est complexe et mystérieux comme l'adolescence. Le film est à mi chemin entre Ressources humaines de Laurent Canet et Eastern Boys de Robin Campillo. On reconnait la peinture sociale précise et incisive du premier et le rapport au corps et à la danse du deuxième. Le jeune garçon qui joue Enzo est extrêmement charismatique. Idem pour son collègue de chantier Vlad, tout droit sorti d'un film de Douglas Sirk. Les parents interprétés par Pierfrancesco Favino et Élodie Bouchez sont eux aussi merveilleux. J'ai adoré ce film, mention spéciale à la cheffe opératrice pour son très beau travail sur les cadre et la lumière. .
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Enzo. Seize ans. Il n’a pas de rêves formalisés. Juste une sorte de tiraillement. Une tension. Comme une corde qu’on tend entre deux points qui ne se voient pas.
D’un côté : la villa familiale, lumineuse, rassurante… étouffante. De l’autre : le chantier. Le dur. La boue. Le bruit. La possibilité.
Cantet et Campillo n’expliquent rien. Ils observent. Ils s’approchent. Ils respirent avec lui.
Enzo est apprenti maçon. Son père le voulait ailleurs. En haut. En mieux. Mais Enzo descend. Il creuse. Il taille sa place dans le silence.
Puis il y a Vlad. L’Ukrainien. Il parle peu, mais il est là. Un autre monde. Une autre solitude. Et entre eux : un terrain commun, fait de gestes. De regards. De fatigue partagée.
Pas de grands discours. Pas de conflits caricaturaux. Pas d’explication.
Juste l’observation douce d’un glissement intérieur.
Le film est sobre. Précis. Pudique. Il ne cherche pas à dénoncer. Il propose. Une lente traversée d’un garçon vers lui-même.
Il y a du vent. Du bleu. La Ciotat comme un décor suspendu.
Et le montage : discret. Organique. À peine perceptible. Comme si le temps coulait autrement ici.
On pense parfois à L’Atelier. À Ressources humaines. À 120 battements, aussi — pour cette manière d’être au plus près des corps.
Mais ici, rien ne crie. Tout flotte.
On comprend que quelque chose se joue. Mais on ne sait pas quoi.
Et c’est là la force du film.
Il ne nomme pas. Il ne décrit pas. Il nous fait ressentir.
Enzo cherche un sens. Un lieu. Un élan. Il ne le dit pas. Mais son dos, ses yeux, sa manière d’écouter Vlad… tout parle.
Le cinéma de Campillo et Cantet, ici, frôle le réel. Il le caresse. Il le laisse surgir.
Ce film aborde le sujet du changement de classe d'une manière originale. C'est aussi un très beau film sur l'adolescence qui vous embarque et vous émeut. J'ai vraiment beaucoup aimé !
On retrouve les thèmes chers à Laurent Cantet dans une histoire de transfuge de classe telle qu'on en voit rarement à l'écran. La mise en scène de Robin Campillo est sublime, le jeu d'acteur remarquable, et le jeune Eloy Pohu (qui joue Enzo) une véritable révélation. Du grand cinéma !
J'ai adoré ce film, j'ai adoré y voir se conjuguer la dimension sociale et le territoire de Laurent Cantet avec la mise en scène sensuelle et solaire de Robin Campillo, magnifique passage de témoin entre ces 2 réalisateurs. Le casting est incroyable (mention spéciale à Eloy Pohu et Pierfrancesco Favino), on sort bouleversé de ce récit d'adolescence entre 2 âges.
Un film puissant où l'on sent l'héritage de Laurent Cantet, dans cette façon de capter les corps, les groupes, et les tensions sociales à hauteur d’humain. Robin Campillo y ajoute sa touche plus sensorielle, presque hypnotique.
Le mélange fonctionne à merveille : Enzo est à la fois politique, intime et profondément émouvant. C’est un récit poignant, parfois dur, mais toujours porté par une profonde tendresse.
Enzo de feu Laurent Cantet et Robîn Campillo est un film que j'ai eu la chance de découvrir en avant-première en présence de l'équipe de tournage. Ce drame est touchant et puissant.
Fils de cadres supérieurs, Enzo (Eloy Pohu) est doué en dessin mais veut arrêter l'école pour travailler. Il est apprenti maçon. Sur le chantier, c'est avec Vlad (Maksym Slivinskyi), un ukrainien qu'Enzo va s'ouvrir à de nouvelles choses.
Le scénario se tisse autour de l'adolescence avec ses facettes telles que l'apprentissage, de la place dans la famille et la société ou encore le fait qu'Enzo devient une énigme pour son père. Les personnages sont magnifiques. Enzo, Vlad, le père, la mère, le frère, le patron, ça fait du monde preuve que c'est un joli film. Tous dans leur registre nous offrent une partition très humaine.
Le naturel dans le jeu de Maksym et Eloy, détectés dans un casting sauvage, renforce la crédibilité des scènes d'un ado' en recherche de lui-même et un ukrainien qui cherche ses mots français.
Le film est lumineux que ce soit par le soleil de La Ciotat mais aussi par la spontanéité de cet ado' ténébreux. Il donne l'impression d'un diaphragme qui d'un coup se referme pour saisir l'instant.
Plongez donc dans ce film sans hésitation ! Il est frais et ça fait du bien !