Que du beau monde derrière ce « Enzo »! À la production, on a la fratrie belge des frères Dardenne ainsi que Jacques Audiard, des cinéastes récipiendaires de la Palme d’or et de nombreux prix cannois et internationaux. Au scénario, on a les cinéastes Gilles Marchand et Robin Campillo aux côtés de Laurant Cantet. Et à la mise en scène, ce dernier. C’est en tout cas que ce qui était prévu avant que celui-ci meurt prématurément après une longue bataille contre la maladie quelques semaines avant le début du tournage. Le cinéaste du réel qu’il était et qui avait également reçu une Palme d’or pour l’inoubliable « Entre les murs » n’a tristement pas pu tourner son dernier film. C’est donc son ami, Robin Campillo, co-scénariste du film donc mais aussi réalisateur de « 120 battements par minute » qui, lui, a reçu le Grand Prix du Jury Cannois, qui a pris le relais. Voilà donc un film né dans le deuil mais également sous les meilleurs auspices artistiques, notamment de metteurs en scène fortement plébiscités durant le Festival de Cannes.
Nous avons affaire ici au portrait d’un jeune homme issu d’une famille bourgeoise bien sous tous rapports qui est au croisement de nombreux choix. Ni véritablement un drame, encore moins une comédie ou un film romantique mais pas non plus une chronique familiale, « Enzo » est finalement un peu tout cela à la fois. On tire le portrait d’un adolescent au carrefour de son passage à l’âge adulte. Sous forme de récit initiatique autant que d’une histoire d’apprentissage, le long-métrage nous fait ressentir les atermoiements professionnels et amoureux de son personnage principal parfaitement incarné par la découverte Eloy Pohu. À ses côtés, un autre acteur non professionnel est tout aussi épatant, son « love interest », Maksym Slyvinski. En arrière-plan, Pierfrancesco Favino et Élodie Bouchez forment des parents pleins d’empathie et loin des clichés. Ils sont diamétralement opposés à ceux, récurrents au cinéma, en totale incompréhension de la crise d’adolescence vécue par leur progéniture.
« Enzo » montre la fascination tranquille, loin de l’obsession malsaine, qu’éprouve Enzo pour Vlad et l’impact que cette rencontre a sur sa vie d’adolescent. C’est montré avec beaucoup de finesse, par petites touches, le film ne virant jamais au scabreux voire même au démonstratif comme dans « Call me by your name » pour trouver un exemple d’histoire où un jeune homme est obnubilé par quelqu’un de plus âgé et du même sexe. On tire donc ici le portrait d’un jeune garçon en feu pour faire un clin d’œil à un autre film d’amour gay mais au féminin. Ici tout est suggestion et la justesse de traitement le dispute à une douceur de ton. Le film est simple et complexe à la fois mais toujours apaisant, comme une caresse nous rappelant nos premiers émois et doutes amoureux. Le contexte du travail en bâtiment et de la guerre en Ukraine qui hante certains personnages est, en outre, bourré d’acuité. Et « Enzo » a la bonne idée de se clore sur une sublime scène aussi simple que propice à toutes les rêves. Un beau film plein d’acuité, tout simplement.
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