Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. (La Rochefoucauld)
Je me souviens encore avec précision de cette après-midi désœuvrée 1969 sur le Champs-Elysées, où, avec un ami aussi fondu de ciné que moi nous sommes entrés dans le défunt cinéma Marigny – depuis, désavantageusement remplacé par une pizzéria à la mode -, pour y découvrir notre 1er Costa Gavras, l’extraordinaire Z, que nous vîmes d’ailleurs deux fois de suite. Depuis, je suis avec intérêt et un peu de tendresse la filmographie du bonhomme qui a aujourd’hui 92 ans. Pour ces nouvelles 100 minutes, il a choisi de nous parler de la fin de vie. Dans un dialogue amical et passionné, le docteur Augustin Masset et l’écrivain Fabrice Toussaint se confrontent pour l’un à la fin de vie de ses patients et pour l’autre à sa propre fatalité. Emportés par un tourbillon de visites et de rencontres, tous deux démarrent un voyage sensible entre rires et larmes : une aventure humaine au cœur de notre vie à tous. Ma déception est – sans doute – à la hauteur de mon attente. C’est un faux docu à sketchs. Distant et artificiel malgré un sujet on ne peu plus sensible
Adapté du livre éponyme de Claude Grange et Régis Debray qui suit le chef de service d’une unité de soin palliatif accompagnant depuis vingt-cinq ans des malades en fin de vie, Costa-Gavras se contente de la même trame en y ajoutant une touche personnelle pour un des deux personnages principaux. A partir de ce schéma, on nous promène d’une chambre à l’autre, d’un cas particulier à un autre, d’un choix de fin de vie à un autre… Le scénario tente de brasser large et s’appuie évidemment sur des cas extrêmes tant par les pathologies que par les caractères des malades. Ça sent le fabriqué à plein nez et ça manque totalement de fluidité. Et ce ne sont pas les débats idéologiques entre le médecin et le philosophe qui allègent le propos. On sent que le cinéaste a écrit et réalisé ce film pour se débarrasser de ses fantasmes et de ses terreurs à l’approche de la grande vieillesse. Le sujet est poignant, mais il m’a été impossible de m’attacher aux différents personnages, car l’ensemble, trop didactique, manque cruellement d’âme et d’émotion, malgré le beau message d’espoir final.
Denis Podalydès, Kad Merad et Marilyne Canto font ce qu’ils peuvent pour apporter l’humanité qui manque au film. Et les apparitions d’Angelina Molina, Charlotte Rampling, Karin Viard, Agathe Bonitzer, Françoise Lebrun, Hiam Abbas, - parfois pour une unique scène -, ne changent rien au ressenti qu’on peut avoir durant la projection. Quant aux non professionnels, qui jouent (?) leur propre rôle, ils plombent complètement certaines scènes. Mais, finalement, l’absence quasi totale de trame et d’intrigue finit par mettre à bas toutes les bonnes intentions de Costa-Gavras. Une grosse déception d’autant que le film reste à bonne distance de la question politique et du débat autour de la fin de vie et de la place réservée aux soins palliatifs.