Inspiré par les échanges épistolaires entre un religieux québécois féru de botanique et son étudiante, Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles possède en soi un sujet original et fort, car les deux protagonistes affichent dans leurs écrits un amour réciproque. qui ne pourra que rester platonique. Ce qui n'empêche pas leurs lettres d'être fort explicites en matière de sexe, comme deux âmes, adeptes de la "biologie sans voile", qui ne considèrent pas comme impures de telles pensées, d'autant plus "scandaleuses" qu'elles sont rédigées dans les années trente et quarante du siècle dernier. Mais Lyne Charlebois ne s'en tient pas là, en créant une mise en abyme contemporaine, laquelle affadit hélas le sujet premier de son long-métrage. Dans le même temps, elle rend grâce à la beauté et à la richesse de la flore québécoise, dans un déluge d'esthétisme un peu forcené. L'histoire de ces deux êtres qui se sont heureusement trouvés et ont fait fi des conventions de la société était suffisamment fascinante pour ne pas l'accompagner d'ajouts narratifs et de formalisme. Cette frustration est cependant un peu gommée par le jeu vibrant et à l'unisson de ces deux interprètes principaux, Alexandre Goyette et Mylène MacKay.
Très beau film, les reconstitutions costumes / lieux / moeurs du Québec de l'époque sont brillamment menées et le casting est vraiment excellent. La relation spoiler: platonique de Frère Marie-Victorin et son amie Marcelle, tous deux passionnés de botanique, des corps, de la vie.
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2,0
Publiée le 16 août 2024
« - Se connaître et se comprendre pour mieux s'aimer. - Pour mieux aimer. » Il n'y a pas l'un sans l'autre dans ce nouveau film de Lyne Charlebois qui parle de désirs, de sexualité, d'éveil sexuel de la femme, d'émancipation grâce au plaisir féminin, le tout à travers des lettres endiablées au sein d'une relation platonique. spoiler: Il s'agit d'un film dans le film, une mise en abyme, avec d'un côté la relation entre Marcelle Gauvreau et Marie-Victorin dans les années 30 et de l'autre, les acteurs qui les incarnent sur le tournage avant lequel ils ont une aventure d'un soir. Deux histoires, deux époques, deux façons de voir les choses autour de l'intimité et des relations, mais j'aurais préféré pour ma part que le film se focalise sur l'histoire d'origine... Si le film est esthétiquement superbe, il n'est pas aussi irréprochable partout. Les dialogues sont souvent bateaux, les allers-retours entre les époques manquent de fluidité et cassent l'immersion, les écrits ne sont pas toujours bien portés à l'écran et le casting n'est pas des plus convaincants notamment Mylène Mackay dont l'interprétation est souvent niaise... Ça reste joli, mais ce n'est pas un film qui m'a emballé.
Mais qu’il est beau et poétique ce titre! Cela nous rappelle au bon souvenir du « Se souvenir des belles choses » de Zabou Breitmann il y a vingt ans. Cette considération mise à part voilà une œuvre qui parlera beaucoup aux québécois puisqu’elle se propose de raconter la romance platonique et épistolaire d’un homme de Dieu également botaniste, le père Marie-Victorin, et de l’une de ses élèves passionnées elle aussi par la faune et la nature en général. Des échanges qui parleront aussi bien de la flore et des espaces naturels du Québec qu’ils dévieront par la suite sur les différents aspects et contours de la sexualité, sujet hautement tabou pour l’époque et pour l’Église. Leur histoire a marqué celle du Québec (le jardin botanique de Montréal a été fondé par lui), celle d’une époque trouble qui marquait un besoin de liberté sexuelle et d’émancipation. Leur duo est aussi à l’origine d’ouvrages scientifiques sur la botanique qui font encore figures de références en la matière. On est donc ici dans un film hommage qui honore cette amour sans sexe qu’on oppose au sexe sans amour dans le présent.
En effet, « Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles » prend le pari d’élargir cette histoire prenant place dans le passé par le biais d’une mise en abyme qui nous projette dans le présent, sur le tournage du film qui se déroule sous nos yeux et avec les mêmes acteurs à la ville qui incarnent les comédiens jouant ces personnages. Dit comme cela, ça peut paraître complexe mais cet effet miroir osé est fluide et intéressant à l’écran même s’il apporte au long-métrage de Lyne Charlebois autant de lourdeurs que de qualités notables. D’un côté les transitions du passé (les trois quarts du film) vers le présent sont plutôt bien amenées et les deux parties se nourrissent l’une de l’autre mais on peut aussi trouver que cela fait quelque peu forcé et relève plus du tic formel peu nécessaire. Et, parfois, cela nous déconnecte de l’histoire plus qu’autre chose en plus de certaines redondances et d’un côté verbeux un peu trop imposant, dû à la facture épistolaire du matériel de base...
Cependant, « Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles » déborde de qualités et il infuse un joli parfum d’apaisement et de communion avec la nature. Lyne Charlebois filme la végétation québécoise avec amour et volupté à tel point que certains plans flirtent avec le sublime comme peut nous les offrir un Terrence Malick. Une fleur à la rosée du matin, une chenille s’agrippant sur une tige de plante ou, l’un des plus beaux moments du long-métrage, des mains sous l’eau qui se frôlent an caressant des algues... Bref, la flore est filmée avec amour et cela sied bien au film. Ensuite, la reconstitution du Québec d’antan est parfaite et le côté puritain de l’époque est bien rendu à travers les regards en coin que cette relation engendrait. Il y a un souffle romanesque indéniable et beaucoup de choses à la fois instructives et passionnantes dans ce joli film qui narre en filigrane tout le contexte moral d’une période de l’Histoire de la Belle Province. Ce film a pris des risques et il n’est pas parfait mais c’est agréable, beau et touchant à bien des égards.
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