J’avais vu les deux versions tronquées, dur de donner un avis précis sur ces versions en sachant qu’une version rallongée de presque deux heures allait arriver. J’ai donc attendu de juger la version longue, sachant que la courte m’avait assez plu malgré des lacunes évidentes côté scénario. Force est de constater que ces lacunes subsistent. Comment un village de mormons peut faire face à une armée surentrainée en se battant grosso modo à la hache ? Même avec quelques combattants de qualité. Pourquoi un cuirassé de plusieurs centaines de personnes choisit de se ravitailler chez la seule communauté mormone de l’espace qui récolte son blé à la main et pas chez les gros industriels ? Cette version longue conserve ces défauts, de même que d’autres, notamment la photographie assez monotone, presque continuellement jaunâtre, quelque soit la planète où l’on se trouve. C’est dommage, car c’était par exemple la force d’un Star Wars, proposer des environnements vraiment nuancés. Là c’est jaune sur Vedt, chez le monde mère, sur la planète de Tarak, sur Pollux, sur la planète de Nemesis…
Cela étant, le film a aussi les qualités de la version courte, et notamment de paraître toujours aussi court ! Eh oui, ce métrage de presque 3 heures passe sans aucune longueur. Il en paraît beaucoup moins, il y a un bon rythme, beaucoup d’action, les péripéties s’enchainent très bien, c’est beaucoup plus fluide que dans la version courte. L’action est bien présente, les effets visuels sont globalement très bons (je mets un petit bémol sur le sang continuellement numérique aux giclées pas toujours hyper-réalistes), les décors sont beaux, il y a pas mal de créatures et la bande son tient la route. Quant à la mise en scène de Snyder, rien à dire, il bourre de flare, de ralentis, mais c’est très appréciable. On profite bien de l’action pas continuellement coupée, et il sait créer des plans iconiques, notamment avec son robot. Il donne de l’ampleur épique au film et c’est tant mieux. A noter que le métrage est très violent, souvent de cette violence numérique pas toujours très réaliste, mais le film est direct, donc à déconseiller aux âmes sensibles (l’ouverture pose de toute façon le sujet !). Il y a aussi un peu de sexe, mais finalement assez peu, le film a sans doute un peu trop communiqué sur la poitrine nue de l’actrice principale !
Sofia Boutella justement, parlons-en. Moi je la trouve très convaincante dans son rôle, et il faut avouer que la version longue arrange énormément son personnage. Assez plat et monotone quoique charismatique dans la version courte, ici il y a beaucoup plus de scènes d’émotion et j’ai trouvé très pertinent ce choix d’une héroïne entre deux, qui peut dézinguer des régiments entiers, mais qui peut aussi pleurer. A l’heure où toutes les héroïnes d’action sont des Rambos sans émotion, ça fait plaisir. Elle est entourée par un casting solide, avec Ed Skrein, très indiqué dans son rôle de grand méchant, Djimon Hounsou qui a le droit à plusieurs plans iconiques réussi. Après, les autres rôles ont une présence et un dégrossissement plus aléatoire. Il faut le dire, il y a sûrement un peu trop de personnages (la version longue s’attarde d’ailleurs à en développer de nouveaux alors que la courte en avait déjà beaucoup). Du coup Nemesis par exemple n’est pas très écrite.
Pour ma part, la seule vraie erreur du métrage c’est d’avoir voulu transposer les 7 mercenaires dans la sf. Fusil contre fusil, on peut croire que 7 excellentes gachettes puissent venir à bout d’une petite armée. Idem au sabre dans les 7 samouraïs. Mais 7 combattants excellents à la hache peuvent-ils venir à bout d’une armée avec des balles de lave, des robots surpuissants, des vaisseaux spatiaux ? Reste que le divertissement est assuré et qu’on passe un bon moment, jusqu’à une fin qui ouvre une suite que je regarderai avec plaisir, car il y a pas beaucoup de space opera et celui-ci, malgré ses maladresses, est un spectacle généreux, sexy, violent, porté par une Sofia Boutella qui tient son rôle et crée une héroïne d’action très appréciable. 3.5