"94 ans après Karloff, Lee Cronin tente donc de refermer la boucle. Le réalisateur d’Evil Dead Rise — relecture efficace mais sans surprise du Raimi, transposée dans un immeuble urbain avec des enfants-monstres en guise de moteur de tension — semblait avoir les bons instincts pour ramener la Momie à ses origines thématiques : une intrusion du passé dans le présent, un mort qui refuse de rester mort, un deuil impossible. Sous production Blumhouse, avec James Wan en appui, la promesse était réelle. Le résultat, lui, est assez décevant."
"Katie a disparu dans le désert égyptien il y a huit ans. Puis elle est revenue. Et les Cannon, cette famille que la culpabilité ronge en silence — avec un père qui ne s’est jamais pardonné et une mère qui sait son absence irréparable —, se retrouvent à devoir accueillir quelque chose qui ressemble à leur fille sans tout à fait l’être. Le point de départ est fort, entre Substitution : Bring Her Back pour l’imposture familiale, puis Poltergeist (1982) dans son principe, où la terreur naît de l’incompréhension progressive, une force surnaturelle qui s’insinue dans les failles d’une famille déjà fracturée. Et il y a dans la première heure une vraie tenue. Le film prend son temps, installe sa menace, et Natalie Grace — dans le rôle de cette Katie revenue d’entre les morts — livre une performance troublante, sans rougir face à la Linda Blair de L’Exorciste. Elle porte à elle seule l’essentiel de la tension, avec ce même renversement instinctif qu’Evil Dead Rise exploitait si bien : l’enfant comme agent du chaos.
"Structurellement, Le Réveil de la Momie avance en terrain connu. Un spectateur familier du genre saura devancer chaque ressort narratif, en attendant chaque palier. Il y a pourtant des idées qui y fourmillent, notamment l’utilisation du morse comme langage résiduel entre Katie et son père — une petite singularité bienvenue dans ce type de récit. Mais le film peine à renouveler l’intensité de sa première heure, et sa narration trop rapide étouffe ce qu’elle aurait dû laisser s’imprégner. L’axe secondaire — une inspectrice cairote, interprétée par May Calamawy, qui remonte la piste du tombeau dans le désert égyptien — revendique son inspiration à Seven, dans une logique d’enquête inexorable vers une révélation finale. L’intention est lisible, et sur le papier la symétrie entre l’investigation rationnelle et le chaos irrationnel dans la maison des Cannon aurait pu fonctionner. À l’écran, ça casse le rythme."
"L’autre frustration est celle des rendez-vous manqués. Le concept de contamination du mal, où l’influence de la Momie se propage à travers les membres de la famille comme dans Evil Dead, promettait un climax dévastateur, d’autant qu’une scène réunit suffisamment de chair fraîche dans la demeure des Cannon pour imaginer un carnage mémorable. […] Le dernier acte, quand il explose enfin, est plus stimulant, à condition d’oublier le renfort de la CGI, avec quelques séquences franchement efficaces autour d’un scorpion. Mais on en ressort avec le sentiment que quelqu’un, quelque part dans la chaîne de production, a eu peur d’aller jusqu’au bout. Ce qui expliquerait son épilogue tordu, qui annule tout effet dramatique initié plus tôt. […] La Momie, décidément, reste une créature maudite. Pas tout à fait morte et pas vivante non plus. Et tant qu’elle sera condamnée à servir d’autres désirs que les siens, elle ne se réveillera jamais vraiment."
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