Laura Wandel filme toujours au plus près des corps et des regards. Après Un monde, qui scrutait la violence des cours d’école, elle revient avec une œuvre plus intime encore, presque murmurée : L’Intérêt d’Adam.
Tout part d’un geste : une infirmière qui, face à une mère et son enfant broyés par la détresse, décide d’intervenir au-delà de ses prérogatives. Ce geste, banal en apparence, devient vertige moral. Jusqu’où peut-on aller au nom du soin ? Quand la compassion se heurte aux règles, à la hiérarchie, à la froideur institutionnelle, que reste-t-il de l’humain ?
Wandel filme sans emphase, dans une durée brève mais dense, qui laisse au spectateur la respiration de chaque silence, de chaque hésitation. Ses personnages semblent pris dans un filet invisible : Léa Drucker, d’une sobriété bouleversante, incarne cette infirmière en équilibre fragile, tandis qu’Anamaria Vartolomei prête à la jeune mère une intensité à vif. Et puis il y a Adam, double enfantin incarné par les frères Jules et Léo Delsart, dont la présence spectrale donne au film son cœur battant.
La caméra se fait microscope, attentive aux frémissements, aux tremblements d’un visage, à l’étreinte d’une main. Rien n’est expliqué, tout est suggéré, dans cette esthétique du fragment chère à Wandel. Ce cinéma-là ne cherche pas le spectaculaire, mais le nécessaire : dire la dignité dans la vulnérabilité.
L’Intérêt d’Adam est une œuvre brève, mais dont l’écho résonne longtemps. Une méditation éthique et sensible sur le pouvoir et les limites de l’empathie, où chaque regard posé sur l’autre devient un acte politique.
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