Plus de trois ans après son premier long-métrage, «Un Monde» (un film à l'aspect documentaire court et déstabilisant sur le harcèlement scolaire, et filmé à hauteur d'enfant), la cinéaste belge Laura Wandel nous revient avec un dispositif similaire, se déroulant cette fois-ci au sein du service pédiatrique d'un hôpital.
La caméra à l'épaule suit, sans jamais la quitter, Lucy, l'infirmière en chef, passant de couloir en couloir, de chambre en chambre, pour s'occuper de ses différents jeunes patients.
Mais un patient en particulier va focaliser toute son attention durant cette nuit : Adam, 4 ans, hospitalisé pour malnutrition suite à une décision de justice, et sur lequel veille obsessionnellement sa mère, Rebecca, qui pourtant ne devrait plus se trouver là.
Nous plongeant dès le début dans le vif du sujet, Wandel fait à nouveau appel à une réalisation flirtant avec le documentaire (et avec le cinéma social des frères Dardenne) pour nous faire ressentir ce que c'est de travailler au quotidien dans un milieu hospitalier constamment sous tension et où chaque patient a besoin de soins spécifiques.
Un drame pouvant compter sur les présences des talentueuses Léa Drucker et Anamaria Vartolomei, toutes les deux très convaincantes dans leurs rôles respectifs d'infirmière tiraillée et de mère isolée.
Mais malgré des actrices investies et une mise en scène immersive, quelque chose n'a pas vraiment pris sur moi.
Tout d'abord, j'ai forcément pas mal pensé au très récent «En première ligne», traitant de la même thématique (la soirée de service d'une infirmière dans un hôpital en sous-effectif) et d'une manière très similaire dans son approche formelle.
Un parallèle inévitable qui m'est resté en tête durant le visionnage de ce nouveau film franco-belge, et où son équivalent suisse s'est finalement avéré un peu plus solide dans sa globalité.
La faute à un choix scénaristique, central dans le film, mais qui m'a interrogé :
pourquoi cette infirmière vient-elle spécifiquement en aide à cette mère et son fils, pourquoi le prend-elle autant à cœur, quitte à se mettre directement en conflit avec sa propre hiérarchie ?
Pourquoi eux plutôt que d'autres,
alors que l'on constate clairement que la mère, possessive dans son rapport avec son fils, finit, à trop vouloir le protéger, par lui faire plus de mal qu'autre chose[spoiler] ("je veux rester avec toi, mais je veux pas être mort" finira par dire Adam à sa mère)
[/spoiler]?
On n'en saura jamais la raison, comme si Lucy était ici présentée comme une sorte de métaphore un peu poussive de l’hôpital prêt à tout pour aller au bout de sa mission, qui est de "soigner" tous ses patients.
Et ce flou scénaristique vient, à mes yeux, fragiliser en partie la structure du film, finalement assez programmatique dans la manière de se dérouler, et se terminant de manière trop abrupte pour réellement convaincre (là où le précédent film de Wandel avait plus de sens dans sa finalité, ou comment tenter de rompre cette spirale de la violence qui a envahi la cour de récré).
Bref, une illustration pertinente et rythmée de la pression ininterrompue du service hospitalier sur son personnel, mais dépeinte ici à travers une histoire de dépendance affective et de sauvetage obsessionnel qui ne m'a pas autant convaincu que je l'aurai espéré. 6-6,5/10.