Qui est le film ?
Après des projets inégaux et un long compagnonnage avec le cinéma d’action "formaté", Carnahan revient à ce qu’il sait faire de mieux : un thriller tendu, sans prétention, resserré, fondé sur la suspicion. The Rip raconte un “coup” policier qui dérape, une nuit, une somme d’argent absurde et une équipe rongée par le soupçon.
Par quels moyens ?
Le premier choix du film tient à son dispositif narratif fermé. Le “rip” n’est pas un prétexte à l’expansion spectaculaire mais un gimmick d'échos. Une nuit, un lieu, une équipe et des collèges adjacents. Plus l’espace se referme, plus les personnages projettent leurs peurs et leurs calculs sur les autres. L’argent, pourtant colossal, devient une fiction, un test, une surface de projection, déplaçant l’enjeu du gain vers la désagrégation du lien.
Carnahan filme ce récit quasiment en huis clos. Contrairement à ce que son pedigree pourrait laisser attendre, The Rip est un film de regards avant d’être un film de gestes. Les corps sont souvent immobiles, les cadres serrés, chaque échange potentiellement piégé. La représentation de la police est l’un des gestes les plus intéressants du film. Elle apparaît comme une microsociété traversée par des intérêts divergents et une fatigue morale diffuse.
Cependant, le film convoque un imaginaire des années 1980, où la frontière entre flic intègre et flic ripou semblait encore lisible. Cette nostalgie produit un confort de genre mais en restant dans ce cadre rétro, le film évite de se confronter frontalement aux violences policières contemporaines et à leurs dimensions systémiques.
Le scénario s’appuie largement sur le langage comme outil de domination. Le flot de jargon policier sert à désorienter, à exclure, à créer des zones d’opacité. Le spectateur, comme les personnages, doit apprendre à lire entre les lignes. Ce choix est stimulant mais parfois, à force de brouillage, le film frôle l’hermétisme et certaines informations cruciales se diluent dans un excès de verbalisation.
Quelle lecture en tirer ?
The Rip offre un plaisir devenu rare : celui d’un divertissement qui croit encore que le doute, lorsqu’il est bien tenu, peut suffire à faire trembler un écran.