Familia est inspiré du livre Non sarà sempre così (Il n'en sera pas toujours ainsi) de Luigi Celeste, qui raconte sa propre vie. L'auteur a grandi dans un environnement de violence domestique perpétrée par son père. À l'adolescence, il trouve refuge dans un groupe de skinheads, avant de commettre l'irréparable en tuant son père pour protéger sa mère et son frère. Le réalisateur a été profondément marqué par ce témoignage, qu'il décrit comme une "tragédie grecque contemporaine."
Avant l'écriture du scénario, Francesco Costabile a mené une enquête pendant plusieurs mois dans des centres antiviolences à travers l'Italie. Il a rencontré des victimes de violences domestiques et des travailleurs sociaux, découvrant que beaucoup de femmes, malgré les plaintes déposées, restent sans soutien des institutions. Cette immersion a nourri la représentation réaliste du parcours de Licia dans le film.
La direction artistique du film repose sur une architecture visuelle marquée par la compression des espaces. Gigi, le protagoniste, évolue dans des lieux clos, des appartements exigus et des cages d'escaliers sombres. Les banlieues romaines, entre béton et friches, deviennent une prison à ciel ouvert. Ce choix esthétique traduit l'enfermement psychologique du personnage.
Francesco Gheghi, choisi pour le rôle de Gigi, s'est préparé intensivement pour interpréter ce jeune homme tiraillé entre la loyauté familiale et la haine transmise par son père. Son interprétation lui a valu le Prix Orizzonti du Meilleur Acteur à la Mostra de Venise 2024. Barbara Ronchi, qui joue la mère, a été choisie pour sa capacité à exprimer des émotions contradictoires : la force et la fragilité d'une femme cherchant à protéger ses enfants tout en étant piégée dans un cycle de violence.
La musique originale de Valerio Vigliar joue un rôle crucial dans la création de la tension du film. Plutôt que d'accompagner l'action de manière traditionnelle, la musique souligne les états psychologiques des personnages, utilisant des sonorités minimalistes et angoissantes pour renforcer l'impression d'oppression permanente.
Au-delà de la dimension intime du drame familial, Familia se veut un réquisitoire contre la violence institutionnelle. Le film met en lumière la manière dont l'État et les institutions échouent souvent à protéger les victimes. Francesco Costabile souhaite que son film encourage à écouter et agir dès le premier signal d'alerte, soulignant que de nombreuses plaintes restent lettre morte avant que ne surviennent des drames.