Adèle Exarchopoulos est devenue une figure incontournable du "Dupieux-verse". Après Mandibules et Fumer fait tousser, elle retrouve ici un rôle central dans un univers encore plus absurde. Elle incarne Magalie, influenceuse très accidentée (physiquement et psychologiquement) qui, après s’être pris un piano sur la tête, devient une figure publique ambiguë. Dupieux apprécie sa capacité à naviguer entre réalisme et grotesque, une qualité rare selon lui.
Adèle Exarchopoulos s’est livrée à un jeu de composition radical. Elle porte un plâtre au bras, une minerve, un appareil dentaire et même une perruque raide lui donnant un air presque caricatural. Le but : incarner la "victime médiatique parfaite", manipulée par son entourage. L’actrice raconte que certaines scènes étaient tournées dans une chaleur étouffante avec tous ces accessoires, ce qui renforçait l’absurdité de la situation et le décalage voulu par le réalisateur.
Quentin Dupieux a tourné la majorité de L'Accident de piano en Haute-Savoie, notamment dans les stations de Megève et Combloux. Il voulait un décor "à la fois bucolique et bourgeois", capable de faire contraste avec l’histoire farfelue du piano tombé du ciel. Il a aussi filmé dans le Var, pour des scènes ensoleillées censées représenter la côte. Le film joue sur le décalage entre le calme apparent du paysage et la violence morale des personnages, ce que ces lieux ont parfaitement servi.
Dans une scène très commentée (présente dans la bande-annonce), Magalie se prend un yaourt dans la figure — lancé par un journaliste en colère. Cette idée est venue en plein tournage, Quentin Dupieux trouvant le plateau "trop sérieux ce jour-là". Adèle et Jérôme Commandeur ont dû refaire la scène plusieurs fois à cause des fous rires.
L'Accident de piano marque la première collaboration entre Jérôme Commandeur et Quentin Dupieux. Commandeur incarne Patrick, un assistant "dépassé par tout", sorte de souffre-douleur de Magalie. Les dialogues entre lui et Adèle sont volontairement brutaux : ils s’insultent, se moquent, rient de leurs traumatismes. Adèle raconte que "jouer avec Jérôme, c’est un ping-pong constant", et que l’univers de Dupieux leur donnait toute latitude pour aller loin dans l’absurde.