Qui est le film ?
Après Bac Nord et Novembre, Cédric Jimenez poursuit son exploration d’un cinéma de genre frontal, musclé, volontiers spectaculaire, qui prétend regarder la violence politique contemporaine droit dans les yeux. Cette fois, le réel est déplacé dans le Paris de 2040, une ville découpée en zones, régie par une intelligence artificielle omnisciente, Alma, où la police est devenue l’exécutrice d’un ordre algorithmique.
Par quels moyens ?
Jimenez convoque tous les signes attendus de la S-F et de la dystopie. Drones, checkpoints, écrans, forces de l’ordre mécanisées, population compartimentée. Mais ces signes restent des marqueurs conceptuels. Paris n’est jamais un espace habité. Les zones sont nommées, traversées mais jamais éprouvées. La misère existe dans le discours, pas dans les corps. La dystopie est juste décorative. Cette absence d’incarnation se cristallise dans le personnage de Zem. Présenté comme un chien au service du système, il vit pourtant dans un confort qui contredit frontalement le monde décrit. Appartement lumineux, vie relativement stable, absence de pression matérielle réelle. Le film ne fait jamais de cette contradiction un enjeu. Il ne la pense même pas.
L’intelligence artificielle Alma souffre du même traitement abstrait. Elle est une voix, une présence fonctionnelle, jamais un pouvoir idéologique. Le film ne s’intéresse ni à sa conception, ni à ceux qui la contrôlent réellement. Alma n’est pas la conséquence logique d’un système économique et politique. Elle est le gadget narratif ultime. Une facilité scénaristique qui permet d’éviter la question essentielle de la responsabilité humaine. Qui plus est, tous les défauts cités se déplacent dans d'autres concepts, comme le jeu Destiny.
Le polar, ensuite, agit comme une armature rassurante. Meurtre initial, duo d’enquêteurs issus de milieux différents, révélations progressives. Tout est lisible, balisé, sans aspérités. La relation entre Zem et Salia aurait pu être le cœur idéologique du film. Deux trajectoires sociales, deux manières d’accepter ou de résister au système. Mais leur dynamique reste étonnamment lisse. Les désaccords sont posés, jamais creusés. Les personnages évoluent en surface.
Le casting, pourtant impressionnant, accentue ce sentiment d’inachevé. Louis Garrel incarne une figure anarchiste vidée de toute radicalité. Romain Duris traverse le film sans y laisser de trace durable. Artus surprend par une ambiguïté bienvenue, mais son personnage reste cantonné à une fonction. Seule Valeria Bruni Tedeschi fait exister autre chose. Une fragilité, une douceur presque incongrue, comme un reste d’humanité que le film ne sait pas quoi faire de ce qu’il a lui même invoqué.
Quelle lecture en tirer ?
Chien 51 finit par ressembler à ce qu’il prétend dénoncer. Un système efficace, lisible, déshumanisé.