Avec “Hurlevent”, Emerald Fennell propose une réécriture totale du monument d’Emily Brontë. Une trahison pleinement assumée, d’où les guillemets du titre. Mais si toute bonne adaptation est, par nature, une trahison, encore faut-il que ça raconte quelque chose. Ici on a juste l’impression qu’elle a lu le roman une fois à 11 ans et en recrache ses fantasmes pré-pubères dans une espèce de fan-fiction à la sauce dark romance.
Certes, c’est très travaillé esthétiquement, mais tout ce cachet formel ne produit rien, ne raconte rien. Au contraire, il semble même participer à l’aseptisation de l'œuvre, renforçant sa superficialité. Et on finit par attendre que soit citée la marque de parfum qui aurait commandé cet immense spot publicitaire.
Car alors que cette esthétique pop, baroque et anachronique, à la Coppola ou Luhrmann, semble vouloir moderniser le récit, en réalité le fond est d’un passéisme et d’un conservatisme sidérants. Là où, il y a près de deux siècles, Brontë explorait la toxicité amoureuse et montrait comment la monstruosité de la société peut fabriquer des monstres, Fennell paraît ici simplement vouloir glamouriser la masculinité toxique. Ca se veut subversif mais c’est au contraire édulcoré, artificiel, creux.
Et, à l’exception de sa plastique impressionnante et de quelques idées de mise en scène (qui sont donc finalement purement décoratives), c’est fascinant à quel point ce film est raté à tous les niveaux. D’une écriture en toc, à un montage clipesque en passant par un duo principal qui n’a aucune alchimie et ne colle pas à ces personnages devenus insignifiants. Ni Margot Robbie qui joue l’adolescente. Ni Jacob Elordi qui paraissait plus vivant, plus subtil et plus intelligent dans son rôle de monstre de Frankenstein. Les deux ne semblent rien ressentir… à l’image des spectateurs. Car si on comprend la volonté d’offrir une expérience plus sensorielle qu’intellectuelle, eh bien en plus d’être ridiculement bête, on ne ressent rien, ni émotion ni sensation. Ah si : de la gêne, tant ce film est embarrassant.