MARTY SUPREME - Josh Safdie | ⭐ 7,5/10
Il m’aura fallu près d’une heure pour entrer dans le film, beaucoup trop démonstratif au départ : musique omniprésente, montage quasi épileptique, rebondissements en cascade… Le rythme effréné étourdit, la forme écrase le fond, et l’on peine à s’attacher à quoi que ce soit tant tout semble conçu pour impressionner à chaque plan, jusqu'à saturation.
Puis un point de bascule s’opère, l'air de rien, à partir d’un fil narratif apparemment secondaire, lié à un chien. À partir de là, le film respire un peu plus. Sans se poser vraiment, il gagne en cohérence : le scénario devient suffisamment bien cousu pour tenir en haleine jusqu’au bout, sans jamais courir après une résolution trop facile ni balisée. Les personnages gagnent en épaisseur, l’esbroufe laisse un peu plus de place à l'émotion.
Un malaise perdure toutefois. Cette forme tourbillonnante a tendance à emporter le spectateur dans un divertissement et à l'étourdir façon grand huit dans un parc d'attraction, ce qui a pour conséquence de l'empêcher de questionner davantage le fond du film, qui pourrait pourtant se révéler problématique à deux niveaux. D'abord en glorifiant un jeune homme arrogant, autocentré, têtes à claques, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Un héros fascinant, certes, mais dont l’amoralité n’est jamais véritablement interrogée. Ensuite en reléguant les personnages féminins au second plan, et en les réduisant à des objets de désir ou à des victimes collatérales de l’ascension masculine.
Et pourtant, impossible de détourner le regard. De chaque plan, Timothée Chalamet irradie. Il compose un personnage aux ambitions démesurées avec une intensité sidérante. Sa performance, habitée et physique, mérite sans doute tous les prix qu’il a ou va récolter, jusqu'à L'Oscar, sans doute.
Au final, le film laisse une drôle d'impression : épuisant mais redoutablement efficace. Son rythme frénétique empêche toute respiration critique jusqu'à un plan final un facile et un peu gênant dans le message qu'il envoie. Mais il impressionne et prouve que le cinéma-spectacle peut encore captiver.
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