"Il faut savoir perdre pour mieux gagner."
Quelques mois seulement après son frère Benny et sa «Smashing Machine», c'est au tour de Josh Safdie de nous proposer son biopic pour sa première réalisation en solo.
S'inspirant librement de la vie du pongiste Marty Reisman et nous replongeant dans le New York du début des années 50, le cinéaste nous dépeint le parcours pour le moins mouvementé de Marty Mauser, jeune joueur talentueux et égocentrique, qui ambitionne de devenir le futur champion du monde de tennis de table. Et rien ni personne ne pourra le détourner de ce but, quitte à ce que cela lui attire des problèmes qu'il a lui-même provoqué.
Mise en lumière par le talentueux Darius Khondji (Delicatessen, Seven, The Lost City of Z, Uncut Gems), une œuvre ambitieuse, pouvant faire écho, de par son ambiance et son rythme sous tension constante, à certaines réalisations Scorsesiennes (de «Mean Streets» aux «Affranchis», en passant par «After Hours»), et venant illustrer, sans fard, cette vision, très ancrée dans le narratif américain, de l'individu voulant à tout prix s'extraire de la foule, du "troupeau", pour accomplir son destin.
Entouré d'un casting hétéroclite (de Gwyneth Paltrow à Abel Ferrara, en passant par Tyler the Creator), Timothée Chalamet, obtenant ici l'un des rôles les plus importants de sa carrière, nous démontre une nouvelle fois toute l'étendue de son talent, en donnant totalement corps à ce personnage obsédé par ses rêves de grandeur (un peu à l'image de Miles Teller dans «Whiplash») et à la gouaille insolente.
Ambitieux et orgueilleux, perfectionniste et manipulateur, déterminé et antipathique, il représente la force principale de ce film et donne son tempo effréné au récit.
Un récit semé d'embûches, prenant des formes diverses et variées, même les plus imprévisibles. Une sorte de chaos constant entourant Marty, mais dont le sens de certains arcs narratifs (dont celui du chien) m'a peut-être échappé.
Une sorte de «The Brutalist» qui aurait décidé de lâcher les chevaux et chercherait à échapper aux règles qu'on voudrait bien lui imposer.
Dans le pays des opportunités (et tous ses travers), tout est bon pour obtenir ce que l'on veut, et finir par l'emporter. Mais la victoire à tout prix valait-elle vraiment le coup de perdre tout le reste (ou presque) ? Suis-je enfin ce que j'ai toujours voulu être ? Suis-je enfin quelqu'un ?
Une interrogation finale sur laquelle le film reste assez énigmatique, se concluant sur une note douce-amère que chacun pourra interpréter à sa façon.
Dotée d'une BO anachronique et stimulante, une œuvre un petit peu trop longue pour ce qu'elle veut nous raconter, un peu trop criarde à certains moments et dont une partie des personnages secondaires ont du mal à véritablement exister au-delà de leur seule fonction narrative (le personnage interprété par Paltrow notamment), mais un film malgré tout très immersif, généreux et maîtrisé, et porté par un acteur en pleine possession de ses moyens (et qui devrait probablement repartir avec l'Oscar au mois de mars).
Sans oublier ses séquences de ping-pong, vraiment bien exécutées et qui, en tant que joueur, ne peuvent me laisser insensible.
Une peinture, à la fois entraînante et désabusée, du rêve américain. Et de ses revers.
Et l'une des sorties majeures de ce début d'année. 7,5-8/10.