Marty Supreme m’a fait l’effet d’un film qui tape la balle contre un mur pendant 2h30 en espérant que le bruit finisse par devenir du cinéma. Il y a de l’allure, oui : une image soignée, du grain, des lumières travaillées, des acteurs investis. On sent l’objet fabriqué avec application, parfois même avec panache. Mais très vite, tout cela devient le décor luxueux d’une agitation qui tourne à vide.
Le problème n’est pas seulement que Marty soit antipathique. Un personnage détestable peut être passionnant. Ici, il est surtout pénible à fréquenter. Il parle, il insiste, il provoque, il s’accroche, il repart, il revient, il recommence. Sa détermination, qui devrait être le cœur battant du film, ressemble davantage à un tic de scénario : puisqu’il n’abandonne jamais, le film non plus, quitte à nous entraîner dans une course qui fatigue plus qu’elle ne captive.
Le plus éprouvant reste cette façon de filmer chaque échange comme une urgence vitale. Tout le monde semble au bord de l’explosion, même pour dire trois banalités. Les dialogues se bousculent, les voix montent, les scènes débordent, et l’hystérie finit par remplacer le rythme. À force de bruit, le film ne gagne pas en intensité : il perd en relief. On ne sent plus les silences, les contradictions, les respirations possibles. Il n’y a presque plus que du mouvement, comme si ralentir une seconde risquait de révéler le vide derrière Marty.
Les acteurs, pourtant, sont bons. C’est même ce qui rend l’ensemble un peu frustrant : ils donnent de la chair à un film qui préfère les secouer dans tous les sens plutôt que les laisser exister. Chalamet s’engage pleinement, mais son personnage reste une boule de vanité et d’obstination qu’on regarde de loin, sans curiosité durable.
Au final, Marty Supreme ressemble à une belle machine lancée trop vite, trop fort, trop longtemps. On n’en sort pas impressionné par une trajectoire, mais rincé par un vacarme. Pas vraiment ému, pas vraiment surpris : simplement épuisé.