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Dans Certains l’aiment chauve de Camille Delamarre, Kev Adams ne perd pas que ses cheveux — il perd la face. Et nous avec lui. Une comédie, paraît-il. Mais qui rit encore d’un crâne dégarni, sinon ceux qui n’ont plus rien d’autre à moquer que le miroir ? La calvitie ici devient prétexte, farce plate, mise en scène d’un effondrement folliculaire comme seul ressort dramatique, alors que c’est l’humour qui se fait la malle.
Il fallait oser faire d’un front fuyant un enjeu narratif. Et pourtant. Zacharie, largué à l’annonce d’un crâne désertique à venir, s’effondre — ou plutôt glisse, mollement, dans une quête capillaire absurde, épaulé par un oncle qui semble sorti d’un sketch trop vieux pour le prime. Michaël Youn cabotine. Rayane Bensetti fait le frère. Faustine Koziel surnage. Le reste ? Du shampoing périmé et des punchlines sans mousse.
On aurait aimé y croire. À une comédie française post-normée, une satire de la virilité moderne qui, par l’angle du cheveu, aurait pu dire le corps, le vieillissement, l’effritement intime. Mais ce n’est ni La Loi du marché ni Toni Erdmann. C’est Pattaya, sans les couilles. Le film cherche son rythme et s’épuise à chaque vanne. Le scénario est une série de sketchs mal reliés, aux gags téléphonés, aux silences gênants pas pour faire sens, mais par absence de sens.
Visuellement, la direction artistique se contente de décors fonctionnels, sans audace. Une esthétique de sitcom UGC, éclairée comme un rayon fruits & légumes. Pas d’invention, pas d’ombre. Juste la lumière crue d’un genre qui ne croit plus à sa propre insolence.
La mise en scène est lisse, presque craintive. Aucun écart, aucun plan qui ose une dissonance. La caméra suit, enregistre, jamais elle ne prend part. Et la musique ? Illustrative. Alexandre Azaria meuble, ponctue, ne transcende jamais. Le son, comme le reste, sert à maintenir le spectateur éveillé. Pas à le secouer.
Mais peut-être que c’est là le vrai sujet. Une France chauve de ses idées, chauve de ses comédies, qui recycle les mêmes ressorts pour masquer le vide. On ne rit plus de la calvitie, on la vend en poster. Zacharie ne perd pas ses cheveux : il se perd lui-même, dans une époque qui rit par défaut.
Certains l’aiment chauve, ce n’est pas du nanar. C’est pire. C’est l’oubliable.
Et ça, ça ne repousse pas.
Note : 6/20
Pour ceux qui trouvent drôle une perruque sur un traumatisme.