Les jolies colonies de vacances
Lise Akoka et Romane Gueret n’en sont pas à leur coup d’essai. Il y a trois ans, elles nous avaient offert une véritable pépite, Les Pires. Là encore, l’enfance et l’adolescence dans les banlieues vont servir de terreau à leur scénario. Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié. C’est du cinéma jeune, avec des jeunes, pour les jeunes. Je ne suis de toute évidence pas la cible de ce genre de productions. Mais, qu’importe, la fraîcheur et le naturel confondant de la petite troupe emportent le morceau et on passe un bon moment.
Pendant que les haineux font ce qu’ils aiment faire, râler à propos de la France qui ne serait plus la France, celle-ci, colorée et joyeuse, rit du bonheur de vivre et d’être ensemble. Sans occulter pour autant la pauvreté et à la précarité familiale, Mais évacuons la politique, et parlons cinéma, car, je le répète, ce film en est un joli moment. La caméra capture de manière vive ces différentes appartenances sociales et culturelles qui se confrontent et cohabitent à travers la tchatche et les punchlines aux multiples références. C’est là, à la fois le point fort et point faible de ces presque deux heures. MonDieu que c’est bavard, au point d’en être saoûlant, d’autant qu’on est loin de tout entendre et parfois de tout comprendre. La caméra virevolte en permanence. Evidemment, on va m’opposer que cette langue vivifiante aux dialogues d'une richesse incroyable en métaphores permet de casser tous les murs des stéréotypes et des préjugés - géographique, religieux, de genres...- et engendre à la fois la joie, la tendresse et la tristesse sans jamais édulcorer la gravité de certaines situations. OK, pour le fond, je suis d’accord, mais sur la forme… frère !
L'impeccable direction de tous les jeunes apprentis acteurs castés sauvagement s'avère être d'une justesse épatante et apporte à ce long métrage empli d'émotions une véracité sidérante, bien entourés qu’ils sont par le duo de « monitrices », Fanta Kebe et Shirel Nataf, mais aussi Amel Bent, Idir Azougli, Yuming Hey et Suzanne de Baecque, C’est lumineux, attachant et sait mettre en scène une France d’aujourd’hui, chanceuse dans toute sa diversité. Désarmante de fluidité et de réalisme, voilà une comédie dramatique qui, à partir du 9 janvier, va séduire beaucoup de jeunes… en priorité sans exclure des « vieux » comme moi, s’ils ont la patience et l’indulgence de supporter ce tsunami de verbiage « jeun’s » frère !